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Réchauffement climatique : la menace se précise

INTRODUCTION

Le réchauffement du système climatique est sans équivoque et, depuis les années 1950, beaucoup de changements observés sont sans précédent depuis des décennies voire des millénaires. L’atmosphère et l’océan se sont réchauffés, la couverture de neige et de glace a diminué, le niveau des mers s’est élevé et les concentrations des gaz à effet de serre ont augmenté.

Chacune des trois dernières décennies a été successivement plus chaude à la surface de la Terre que toutes les décennies précédentes depuis 1850. Les années 1983 à 2012 constituent probablement la période de 30 ans la plus chaude qu’ait connue l’hémisphère Nord depuis 1 400 ans (degré de confiance moyen).

Le réchauffement océanique constitue l’essentiel de la hausse de la quantité d’énergie emmagasinée au sein du système climatique et représente plus de 90 % de l’énergie accumulée entre 1971 et 2010 (degré de confiance élevé). Il est quasiment certain que l’océan superficiel (jusqu’à 700 m de profondeur) s’est réchauffé entre 1971 et 2010, et ce dernier s’est probablement réchauffé entre les années 1870 et 1971.

Au cours des deux dernières décennies, la masse des nappes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique a diminué, les glaciers de presque toutes les régions du globe ont continué à se réduire et l’étendue de la banquise arctique et celle du manteau neigeux de l’hémisphère Nord au printemps ont continué à diminuer (degré de confiance élevé).

Depuis le milieu du XIXe siècle, le rythme d’élévation du niveau moyen des mers est supérieur au rythme moyen des deux derniers millénaires (degré de confiance élevé). Entre 1901 et 2010, le niveau moyen des mers à l’échelle du globe s’est élevé de 0,19 m [de 0,17 à 0,21 m].

Les concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone, de méthane et de protoxyde d’azote ont augmenté pour atteindre des niveaux sans précédent depuis au moins 800 000 ans. La concentration du dioxyde de carbone a augmenté de 40 % depuis l’époque préindustrielle. Cette augmentation s’explique en premier lieu par l’utilisation de combustibles fossiles et en second lieu par le bilan des émissions dues aux changements d’utilisation des sols. L’océan a absorbé environ 30 % des émissions anthropiques de dioxyde de carbone, ce qui a entraîné une acidification de ses eaux.

L’influence de l’homme sur le système climatique est clairement établie, et ce, sur la base des données concernant l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, le forçage radiatif positif, le réchauffement observé et la compréhension du système climatique.

De nouvelles émissions de gaz à effet de serre impliqueront une poursuite du réchauffement et des changements affectant toutes les composantes du système climatique. Pour limiter le changement climatique, il faudra réduire notablement et durablement les émissions de gaz à effet de serre.

À la fin du XXIe siècle, l’augmentation de la température à la surface du globe sera probablement supérieure à 1,5 °C par rapport à l’époque allant de 1850 à 1900, pour tous les RCP sauf le RCP2,6. Il est probable qu’elle dépassera 2 °C selon les RCP6,0 et RCP8,5, et il est plus probable qu’improbable qu’elle dépassera 2 °C selon le RCP4,5. Dans tous les RCP envisagés à l’exception du RCP2,6, le réchauffement se poursuivra après 2100. Il continuera à présenter une variabilité interannuelle à décennale et ne sera pas uniforme d’une région à l’autre.
Note : les scénarios RCP (RCP : representative concentration pathway) sont quatre scénarios d’émissions de GES de base servant de fondements aux modèles utilisés par les climatologues pour les simulations climatiques associées. En parallèle aux travaux des climatologues, les sociologues et les économistes s’emploient, sur la base de cinq familles de scénarios d’évolution socio-économique (SSP1 à SSP5), à évaluer les coûts d’adaptation et d’atténuation liés au changement climatique selon les évolutions possibles des sociétés compatibles avec les quatre scénarios de références (RCP).

Le cumul des émissions de CO2 détermine dans une large mesure la moyenne mondiale du réchauffement en surface vers la fin du XXIe siècle et au-delà. La plupart des caractéristiques du changement climatique persisteront pendant de nombreux siècles même si les émissions de CO2 sont arrêtées. L’inertie du changement climatique est considérable, de l’ordre de plusieurs siècles, et elle est due aux émissions de CO2 passées, actuelles et futures (GIEC - Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat 2013 :1-23).

 

Quels vont être les effets généraux de ce réchauffement ? En quoi et comment vont-ils nous affecter ? C’est ce qui va être développé après une présentation des modalités et des causes probables du réchauffement climatique.

I LE CLIMAT DE LA TERRE, UNE MACHINERIE THERMIQUE

La plupart des climatologues s’accordent pour prévoir une hausse de la température moyenne « du globe en surface ». Sur une planète dont les températures varient de quelque + 50°C près de l’équateur à -50°C aux pôles, quelle peut bien être la signification d’une température moyenne ? C’est ce que nous nous attacherons à éclaircir dans un premier temps.
Remarque : sur la partie « science du climat » de ce développement, nous nous sommes largement inspirés de l’ouvrage : (Mélières, Maréchal 2010), recommandé pour qui veut (raisonnablement) comprendre ce problème très complexe.

I 1 A LA BASE, DE L’ÉNERGIE…

I 1 1 La température est une mesure de l’énergie d’un système

En effet, «la température d’un système apparaît comme une mesure de l’agitation microscopique de ses constituants. Elle renseigne sur la réserve d’énergie « désordonnée » contenue dans le système ». Lorsqu’un système est à l’équilibre, il émet par le truchement de photons une énergie rayonnée en équilibre avec le milieu naturel qui l’a émise ; l’émission et l’absorption des photons – « particules élémentaires » de lumière – par les atomes en mouvement du système garantissent constamment le maintien de cet équilibre dynamique.
Ainsi un milieu, quelle que soit sa température, émet toujours des photons, en quantité d’autant plus élevée que sa température est grande. Ce rayonnement électromagnétique vibre d’autant plus rapidement que plus d’énergie est disponible ; la longueur d’onde diminue quand la vibration devient plus rapide, et des longueurs d’onde différentes transportent des quantités d’énergie différentes.
Lorsque ce rayonnement franchit les limites du système ou du corps considéré, il emporte avec lui de l’énergie, en une quantité qui dépend de l’énergie moyenne que possède le corps, donc de sa température.
La température sur la Terre est contrôlée de la même manière, un équilibre s’établissant entre l’énergie reçue du soleil et celle rayonnée vers l’espace par la surface de la planète ou l’atmosphère terrestre.

I 1 2 Il y a une température d’équilibre

Le rayonnement d’un corps ou système en fait diminuer la température par le flux d’énergie emportée ; d’autres façons de perdre de l’énergie (diminuer la température) sont : le changement d’état (évaporation, sublimation), la conduction (transfert de chaleur dans le corps chauffé) et la convection (transfert de chaleur par mouvement de la matière elle-même). La température d’un système est constante si la quantité d’énergie qu’il perd est compensée par un apport d’énergie équivalent. « Le climat moyen peut alors être caractérisé par la quantité d’énergie dont il faut disposer en permanence, à la surface de la planète, pour le maintenir. »

Quelle est cette quantité d’énergie ?

I 2 LE CLIMAT : PRINCIPES DE FONCTIONNEMENT

La chaleur ne se propage pas seulement par rayonnement, ou par conduction dans le fluide au repos , elle est aussi transportée par le fluide en mouvement par convection : en se dilatant, celui-ci devient moins dense, monte sous l’effet de la poussée d’Archimède, se refroidit alors, redescend, etc. c’est ce qui se passe avec les masses d’air chaud au contact de la surface terrestre pour une énergie moyenne dépensée de 24 W par mètre carré en direction de l’atmosphère.
Par ailleurs, un flux incessant de molécules d’eau quitte la terre par évapotranspiration (il s’agit de l’évaporation de l’eau présente dans les sols, la végétation et les océans) : ceci représente 78 W par m2 (ce qui correspond à une lame d’eau d’environ 1 m d’épaisseur). Quand cette vapeur se condense, elle restitue les 78 W par mètre carré.
Enfin la surface de la planète se refroidit en émettant un rayonnement infrarouge emportant un flux d’énergie de 390 W par mètre carré (Mélières, Maréchal 2010 :58-9).

Le soleil est une boule d’énergie qui « envoie» 1367 watts(W) par mètre carré à une surface perpendiculaire à son rayonnement, soit 342 W par mètre carré sur la surface terrestre réelle compte tenu de sa rotondité et de son inclinaison ; 107 watt par mètre carré sont immédiatement réfléchis par les couches supérieures de l’atmosphère, il en reste donc 235 dont une partie est absorbée par l’atmosphère elle-même, pour environ 67 W par mètre carré ; ce sont donc finalement 168 W par mètre carré qui arrivent à la surface de la terre et sont absorbés par elle. .
Mais l’atmosphère ainsi chauffée émet aussi un rayonnement infra rouge : 195 W par mètre carré repartent en direction de l’espace, tandis que 324 W par mètre carré sont redirigés sur la surface de la terre ; globalement le système est donc à l’équilibre à hauteur de 492 W par mètre carré.
Cette énergie se distribue entre l’énergie requise pour maintenir la température moyenne actuelle (15°C) (395 W/m2), celle pour maintenir l’évaporation en un an d’une lame d’eau d’un mètre d’épaisseur (78 W/m2), enfin celle requise pour compenser la perte par conduction surface-air (24 W/m2).


Les composantes de l'effet de serre

Les composantes de l’effet de serre
(Météo-France)

L’énergie solaire est reçue sous forme de rayonnement électromagnétique (…). A sa traversée dans l’atmosphère, ce rayonnement est pour partie réfléchi ou diffusé par les nuages, par les particules en suspension (aérosols) et par les gaz atmosphériques. Une autre part de ce rayonnement est aussi absorbée par ces gaz, comme la vapeur d’eau, et par les aérosols.
En surface, la part du rayonnement non réfléchi est absorbée, constituant un apport d’énergie pour les océans et les continents qui, à l’équilibre, est compensé par une perte énergétique équivalente. Cette perte est soit sous forme radiative, mais dans un domaine de longueur d’onde situé dans l’infrarouge, soit sous forme de transferts de chaleur liés à la conduction (dite chaleur sensible) ou liés aux changements de phase de l’eau (dite chaleur latente).
Le rayonnement infrarouge montant de la surface est pour partie absorbé puis réémis par les gaz à effet de serre et les nuages. C’est la part réémise vers la surface qui est à l’origine du réchauffement attribué à l’effet de serre. La part transmise vers l’espace, à l’équilibre, doit exactement compenser le rayonnement solaire net au sommet de l’atmosphère, bilan entre le rayonnement incident et le rayonnement réfléchi.À plus long terme et aux plus grandes échelles, l’atmosphère intervient en évacuant le surplus de chaleur des régions équatoriales vers les régions polaires. Sous quelle influence ? Le Soleil et l’espace, qui jouent respectivement le rôle de source chaude pour le Soleil et source froide pour l’espace, les deux composantes nécessaires au fonctionnement d’une machine thermique.
Une machine thermique fascinante
Ce processus de transport des surplus d’énergie agit à toutes les échelles dans l’espace et le temps. Intéressons nous tout d’abord à la diversité des moyens mis en œuvre par l’atmosphère pour transporter ces énergies.
Le principe d’Archimède : lorsque le Soleil réchauffe l’air atmosphérique, à proximité de la surface, celui-ci devient plus léger que l’air des couches supérieures et il monte : c’est l’origine de la convection.
Les changements de phases de l’eau : l’évaporation de l’eau absorbe une énorme quantité d’énergie (2,5 milliers de joules par gramme d’eau évaporée, l’équivalent de ce qui est nécessaire pour réchauffer un mètre cube d’air de 2,5 °C). À la surface des océans, plus de 85 % de l’énergie solaire profite à l’évaporation de l’eau, le reste réchauffe l’air situé au-dessus de la surface.
Grâce à la force d’Archimède, l’air chaud monte et transporte la vapeur d’eau avec son énergie (on parle alors d’énergie latente). En montant, l’air se détend et se refroidit jusqu’à atteindre le point de condensation de la vapeur d’eau qu’il transporte. Alors cette eau se condense, en libérant son énergie latente. La convection sèche n’est pas visible, mais dès lors que la condensation se produit, le phénomène devient observable. Ainsi se forment les nuages. En combinant, convection sèche et convection humide, l’atmosphère a trouvé un moyen efficace pour transporter d’énormes quantités d’énergie, sur de grandes distances.
À l’échelle globale, la ceinture de convection profonde participe au transport de l’énergie depuis les régions tropicales vers les régions tempérées (cellule de Hadley). Le même principe est mis en œuvre aux plus petites échelles, jusqu’à l’échelle locale, où un réchauffement excessif de la surface entraîne rapidement le déclenchement de la convection nuageuse. Plus généralement, tous les mouvements de l’atmosphère trouvent leur origine dans le contraste entre le réchauffement solaire et le refroidissement radiatif. Leur immense diversité (nuages, fronts, cyclones, etc.) et les formes spirales si souvent observées résultent du couplage entre la convection, qui agit suivant la verticale, et la rotation de la Terre, qui ajoute une composante horizontale aux mouvements de grande échelle (force de Coriolis).
Il faut aussi noter que par ce biais, l’atmosphère ajoute encore à notre confort en profitant de son activité pour nous livrer, dessalée et fraîche, l’eau qu’elle a subtilisée à l’océan.
L’atmosphère n’est pas seule à travailler, l’océan aussi participe à cet équilibrage des températures, mais il est plus discret. Lentement, de l’année au siècle, il transporte les surplus d’énergie des zones équatoriales vers les bassins polaires en apportant aux plus favorisés (le long du Gulf Stream, par exemple) un climat plus clément que ne saurait le faire l’atmosphère seule. Source : (Météo-France)

Finalement, le maintien du climat moyen actuel à la surface de la planète nécessite de disposer en permanence de 492 W/m2, dont la source est d’une part le rayonnement solaire, d’autre part la capacité de l’atmosphère terrestre, par suite de sa composition, à retenir une partie de l’énergie. Cette capacité de “stockage » dépend de la quantité de gaz dit « à effet de serre » contenue dans l’atmosphère : plus ces gaz sont efficaces, plus le stockage est grand et plus la chaleur disponible à la surface de la planète est élevée, le flux solaire incident reçu ne variant pas.

I 3 LES DÉTERMINANTS DU CLIMAT

Ce sont :

I 3 1 L’activité solaire :

Sur les dernières centaines de millions d’années, l’activité solaire est en moyenne stable. A l’échelle de la dernière dizaine de milliers d’années, ses fluctuations restent cantonnées à des amplitudes de 0,3 W/m2, induisant une variation de la température moyenne l’ordre du 1/10e de degré, qui se traduit par des variations climatiques modérées ;

I 3 2 La distance Terre-Soleil

Elle dépend elle-même :

  • de la forme plus ou moins aplatie de l’ellipse que décrit la Terre en une année autour du Soleil ; cette forme évolue selon une période de 100 000 ans environ ;
  • de la précession de l’axe des pôles, selon une période de 40 000 ans environ. Les conséquences climatiques sont alors différentes selon les régions de la planète. Aux basses latitudes, cela favorise périodiquement plus ou moins l’arrivée de pluies. Sur les hautes latitudes, cela favorise l’alternance de climats froids et chauds. Cette alternance de climats peut conduire à l’établissement ou à la disparition de calottes glaciaires sur les hautes latitudes. C’est par exemple le cas depuis quelques millions d’années, où glaciations et déglaciations, se succèdent au cours du dernier million d’années sur les hautes latitudes de l’hémisphère nord avec une périodicité d’une centaine de milliers d’années.
  • de l’inclinaison de l’axe de rotation de la Terre, qui fait varier l’insolation reçue selon une périodicité de quelque 28 000 ans.

Ces périodicités sont totalement indépendantes et déterminent la succession des périodes glaciaires et interglaciaires.

I 3 3 L’évolution de la composition de l’atmosphère.

Celle-ci assure le transit entre l’énergie solaire incidente et la surface terrestre (réchauffement), ainsi que le départ de l’énergie tellurique rayonnée par la Terre vers l’espace (refroidissement). Sa composition influe fortement sur ces deux transits, mettant en jeu de nombreux mécanismes. Parmi ces derniers, l’effet de serre est l’un des plus marquants ; il influe directement sur le stockage de l’énergie reçue à la surface de la Terre en l’augmentant, engendrant ainsi un réchauffement. L’évolution de la composition de l’atmosphère est donc une des causes de l’évolution du climat moyen. Cette composition peut évoluer en mettant en jeu des temps très différents, qui s’échelonnent de l’année jusqu’à des millions, voire des milliards d’années. L’exemple de modification le plus récent est celui de l’homme qui, par son activité, a fortement transformé le contenu de l’atmosphère en gaz à effet de serre.

I 3 4 L’évolution de la répartition sur la surface de la Terre de l’énergie solaire reçue puis stockée

Le transfert de la chaleur reçue prioritairement à l’équateur se réalise par le cycle de l’eau et par les circulations atmosphériques et océaniques. Le transport par l’océan est conditionné par la distribution des continents, qui entravent plus ou moins ce transfert. Le transport par les masses d’air est modulé par les barrières montagneuses qui perturbent leur écoulement. Or, position des continents et surrection des barrières montagneuses sont toutes deux le fruit de la tectonique des plaques qui gouverne leur lente évolution sur l’échelle de millions d’années. C’est donc sur une échelle de temps bien supérieure au dernier million d’années que ces évolutions prennent place.
La répartition de la chaleur sur Terre, ainsi que celle des précipitations, est également modulée, sur une échelle de temps beaucoup plus courte, par des oscillations qui se développent entre la masse de l’atmosphère et celle de l’océan, en constante interaction. L’échelle de temps de ces oscillations va de l’année à la dizaine, voire quelques dizaines d’années. Si les fluctuations climatiques qui relèvent de l’année, tels que les épisodes El Nino, sont bien répertoriées, celles qui s’étendent sur plusieurs dizaines d’années, plus difficiles à cerner, font toujours l’objet d’études approfondies.

I 3 5 L’interaction atmosphère/océans

La répartition de la pression atmosphérique sur la surface de la terre n’est pas uniforme : il existe quelques grands centres permanents de hautes pressions et de basses pressions entre lesquels circulent les vents. Ces centres, dont la position moyenne varie peu, sont variables en intensité, et les fluctuations de leurs forces relatives se répercutent sur les vents, tempête, ainsi que sur les courants marins de surface. Entre les principaux centres, des oscillations périodiques se produisent à une échelle de temps qui peut aller de l’année à la dizaine, voire quelques dizaines d’années. Les oscillations El Nino/La Nina sont les plus connues (Mélières, Maréchal 2010 :84-101).

II UNE BRÈVE HISTOIRE DU CLIMAT

II 1 IL Y A TRÈS LONGTEMPS

Les glaciations se sont développées dès le troisième milliard d’années d’existence de la Terre. Une glaciation s’est préparée progressivement par un refroidissement qui s’est déroulé sur près de 50 Ma au cours du Tertiaire.

Depuis près de trois millions d’années, deux mondes très différents alternent sur Terre suite aux oscillations glaciaire-interglaciaire. Ce passage entre ces deux mondes se déroule sur quelques milliers d’années et l’écart de la température moyennée à la surface terrestre est de 5°C. Cette valeur correspond à des variations deux fois plus fortes sur les continents des moyennes latitudes et plus de trois fois plus fortes sur ceux des hautes latitudes. Flores et faunes ont été sélectionnées, en particulier sur les moyennes et hautes latitudes, par leur adaptabilité à ces changements climatiques de grande amplitude.

II 2 TOUT RÉCEMMENT : LE RÉCHAUFFEMENT

En l’espace d’un siècle, une nouvelle atmosphère s’est mise en place, atmosphère qui n’a pas son équivalent depuis le dernier million d’années et, selon toute vraisemblance, depuis une période bien plus longue.

Le réchauffement enregistré sur les dernières décennies s’est manifesté de façon régulière et cohérente à la surface des continents, dans les océans sur plusieurs centaines de mètres, et dans l’atmosphère sur plusieurs kilomètres. Ce réchauffement a clairement présenté les caractères d’un changement climatique global (i) plus marqué sur les continents que sur les océans, (ii) marqué sur les hautes latitudes de l’hémisphère nord que sur les tropiques, (iii) moins marqué dans l’hémisphère sud, principalement occupé par l’océan que dans l’hémisphère nord. Depuis les années 70, la température moyenne mondiale annuelle (moyenne annuelle sur l’ensemble de la surface de la Terre s’est élevée de près de 1°C. Dans l’hémisphère nord ce réchauffement atteint près de 1°C sur les continents des basses latitudes, entre 1 et 2°C sur ceux des moyennes latitudes, et plus de 2°C sur l’ensemble des hautes latitudes.


Évolution temporelle des anomalies de la température moyenne en France

Évolution temporelle des anomalies de la température moyenne en France
Source : (CNRS 2013 :)

« En parallèle avec le réchauffement observé, une augmentation des gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère est enregistrée depuis le début de la révolution industrielle, particulièrement marquée sur les dernières décennies. Cette augmentation est attribuable sans aucune équivoque à l’impact de l’activité humaine. La concentration du dioxyde de carbone (CO2) a augmenté d’environ 30 % et celle du méthane (CH4) a plus que doublé, dépassant ainsi très fortement le niveau des derniers millions d’années. L’augmentation des gaz à effet de serre d’origine anthropique a pour principale contribution les émissions de dioxyde de carbone liées à l’utilisation des combustibles fossiles et de l’utilisation des sols (déforestation). Bon an mal an, il a été observé au cours du 20e siècle qu’environ la moitié de ces émissions s’accumule dans l’atmosphère, l’autre moitié étant actuellement, à part à peu près égale, absorbée par les océans et par la biosphère terrestre (Mélières, Maréchal 2010 :178-79). »

En effet, plusieurs gaz contribuent au changement climatique. Le protocole de Kyoto vise à limiter les émissions de six d’entre eux, responsables de l’essentiel du réchauffement planétaire. Les trois plus importants sont le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et l’hémioxyde d’azote (N20), qui comptent actuellement pour 98 % des émissions de GES visés par le protocole de Kyoto (voir le graphique ci-après). Les autres gaz, les hydrofluorocarbones (HFC), les perfluorocarbones (PFC) et hexafluorure de soufre (SF6), représentent moins de 2 %, mais leurs émissions totales tendent à augmenter. Ces gaz ont différents potentiels de réchauffement et différentes durées de vie dans l’atmosphère.
Outre ces six GES, plusieurs autres substances atmosphériques ont un effet de réchauffement (les chlorofluorocarbones, ou CFC, par exemple) ou de refroidissement (les aérosols sulfatés, par exemple).
Les émissions mondiales de GES ont été multipliées par deux depuis le début des années 70, du fait principalement de la croissance économique et de l’utilisation grandissante d’énergies fossiles dans les pays en développement.
Historiquement, les pays de l’OCDE ont été à l’origine de l’essentiel des émissions de CO2 mais la part du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de l’Indonésie, de la Chine et de l’Afrique du Sud (BRIICS) dans les émissions mondiales de GES s’est accrue, passant de 30 % dans les années 70 à 40 % aujourd’hui.
Dans l’ensemble, les concentrations moyennes mondiales des divers gaz à effet de serre dans l’atmosphère n’ont cessé d’augmenter depuis que des données sont enregistrées. En 2008, la concentration de l’ensemble des GES visés par le protocole de Kyoto représentait 438 parties par million (ppm) d’équivalent-CO2 (éq.-CO2) soit 58 % de plus qu’avant l’ère industrielle (AEE, 2010a). Ce chiffre est très proche du seuil de 450 ppm associé à une probabilité de 50% de dépasser l’objectif d’un changement de 2°C de la température moyenne mondiale .


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II 2 1 Origine du réchauffement

L’ensemble des analyses présentées dans les rapports du GIEC converge pour attribuer avec une très forte probabilité l’essentiel de l’élévation de la température moyenne du globe à la hausse des concentrations de GES anthropiques. Compte tenu des connaissances actuelles, le rapport du GIEC 2007 conclut qu’il est extrêmement improbable que le réchauffement récent des dernières décennies soit le résultat d’une variabilité interne du système climatique et il attribue le réchauffement récent avec une probabilité supérieure à 90 % à l’impact anthropique.


Scénarios d'émissions de gaz à effet de serre en 2000 par source d'émissions

Scénarios d’émissions de gaz à effet de serre en 2000 par source d’émissions

Projections de températures sur l'Europe

Projections de températures sur l’Europe
Source : (CNRS 2013 :)

Les gaz à effet de serre : responsabilité et éthique

Les gaz à effet de serre : responsabilité et éthique

II 2 2 Quelle forme prendra ce réchauffement ?

Ci-dessous une réponse à partir des simulations issues du modèle climatique de Météo-France :
Les simulations sont celles du modèle climatique atmosphérique ARPEGE-Climat développé par le Centre de recherches de Météo-France pour la reproduction du climat d’une région de la planète. Elles s’appuient sur les résultats des simulations mises à disposition de la communauté scientifique pour l’élaboration du rapport 2007 du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat). Ces dernières représentent les différentes composantes du système climatique (atmosphère, océans, glace, sol, végétation, …) et leurs interactions en prenant en compte l’évolution de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère (dioxyde de carbone, méthane…). Avec un autre modèle climatique (par exemple celui de l’Institut Pierre-Simon Laplace / Laboratoire de Météorologie Dynamique), les résultats obtenus seraient différents pour une semaine donnée, mais resteraient globalement cohérents.

Selon Michel Déqué du Centre de recherches de Météo-France :

« Dans les deux scénarios proposés, les concentrations de gaz à effet de serre augmentent au fil des années. Mais si l’on examine les températures hivernales du scénario modéré entre 2050 et 2100, on constate que l’hiver 2094 est particulièrement froid et que les années 2060 sont marquées par une succession d’hivers doux.Le simulateur montre que le changement climatique ne signifie pas un réchauffement continu de l’atmosphère. Chaque décennie n’est pas nécessairement plus chaude que la précédente. Ces résultats indiquent que la variabilité du climat continue d’être présente. Même avec le changement climatique, cette caractéristique ne disparaît pas. Ainsi, au cours de la deuxième moitié du 21ème siècle, période durant laquelle le réchauffement est évident, les saisons pourront varier d’une année à l’autre, comme aujourd’hui : été tour à tour frais ou chaud, hiver doux ou rigoureux. Cela est valable pour les deux scénarios envisagés.

C’est pour cette raison que nous avons choisi de ne pas montrer les simulations pour les cinquante premières années du 21ème siècle : la variabilité naturelle domine, tout comme au cours du 20ème siècle. Le réchauffement du climat dû aux gaz à effet de serre se manifeste en revanche clairement dès qu’on considère des moyennes sur plus de 20 ans.

Les dernières années ont été marquées par des moyennes saisonnières particulièrement chaudes (été 2003, automne 2006, printemps 2007). Ce ne sera pas forcément le cas des prochaines années, même si globalement le réchauffement climatique se poursuit. C’est ce phénomène que le simulateur tente de montrer au public. »
(http://climat.meteofrance.com/jsp/site/Portal.jsp?&page_id=13609)

III LES CONSEQUENCES PRÉVISIBLES DU RÉCHAUFFEMENT

III 1 UNE INTENSIFICATION DES EXTRÊMES

Le réchauffement climatique va affecter tout d’abord le climat lui-même, puis la végétation et donc les systèmes agricoles, enfin, directement ou indirectement, les sociétés humaines.


Figure montrant les effets du réchauffement sur l'occurrence des événements extrêmes

Figure montrant les effets du réchauffement sur l’occurrence des événements extrêmes

Les conséquences climatiques envisagées : une régression de la cryosphère (diminution de l’extension la couverture neigeuse, des glaciers, du pergélisol, de la banquise, etc.); un réchauffement de plus en plus marqué vers les hautes latitudes de l’hémisphère nord ; un réchauffement plus marqué sur les continents que sur les océans ; une augmentation de la fréquence des extrêmes de chaleur (canicules) et une diminution de la fréquence des extrêmes de froid .

Le réchauffement sera accompagné d’une intensification du cycle de l’eau, conduisant à des précipitations accrues sur les zones déjà bien arrosées telles que la zone équatoriale et celle des moyennes latitudes, avec un déplacement de ces ceintures vers les régions polaires. Une des conséquences serait ainsi que la région méditerranéenne (Afrique du nord et sud de l’Europe) deviendrait plus aride. L’Europe du nord quoique recevant plus de pluies, ne verrait in fine que peu de changement d’humidité des sols, suite à l’augmentation de l’évaporation entraînée par le réchauffement:
Ces prévisions ne pourraient être tempérées que par d’éventuelles causes naturelles entraînant un refroidissement de l’ordre du degré moyen, et ce, sur une période de temps limitée.

L’amplitude du changement climatique prévu est, dans le haut de la fourchette, de près de +5°C à la fin de ce siècle. Or nous nous situons actuellement dans la partie supérieure de la fourchette des scénarios d’émission envisagés.

Ces projections inquiètent profondément, au regard des enseignements du passé, pour trois raisons :


Extension des zones arides à travers le monde

Extension des zones arides à travers le monde

III 1 1 L’importance d’un tel changement

Il est du même ordre de grandeur que le réchauffement qui existe lors du passage d’une glaciation à une période chaude (interglaciaire), conduisant sur les continents à un remplacement quasi complet de la végétation aux moyennes et hautes latitudes

III 1 2 La rapidité de son établissement

lors des alternances glaciaire/interglaciaire, le réchauffement s’est effectué à l’aune du millier d’années, permettant la migration et l’adaptation des espèces. Le réchauffement envisagé ici, du même ordre, s’établirait sur le siècle.

III 1 3 Un réchauffement sans précédent

Le point le plus important est sans conteste le troisième : un tel réchauffement aurait lieu dans le contexte de la période chaude actuelle dans laquelle nous vivons depuis dix mille ans (climat chaud qui ponctue régulièrement les glaciations depuis près de trois millions d’années). Un tel réchauffement serait sans précédent dans l’histoire passée des derniers millions d’années. En effet, bien que durant ce laps de temps des périodes plus chaudes que l’actuelle aient existé, le réchauffement moyen (par rapport à l’époque actuelle) est resté limité à -+2°C. Durant ces deux derniers millions d’années, nos écosystèmes ont été sélectionnés par leur capacité à s’adapter et à résister à l’alternance entre climats glaciaires et interglaciaires. Un tel réchauffement, à partir du climat chaud actuel, plongerait la planète (flore et faune) dans une situation totalement nouvelle au regard des derniers millions d’années, et ce, en seulement un siècle, dans un contexte où de plus les migrations sont limitées, où de plus l’environnement est en partie dégradé et fragilisé. Enfin, il est à remarquer que ces nouvelles conditions climatiques correspondraient à une époque bien antérieure, où le genre Homo n’existait pas (Mélières, Maréchal 2010 :329).


Conséquences probables de la variation de la température moyenne à la surface du globe

Conséquences probables de la variation de la température moyenne à la surface du globe

III 2 COMMENT LES PLANTES SERONT AFFECTÉES

Le changement global du climat affectera directement l’agriculture. La plupart des mécanismes et les interactions dans les deux sens entre l’agriculture et le climat sont connus même s’ils ne sont pas toujours bien compris (Bazzaz, Sombroek 1997).
Il est évident que la relation entre le changement de climat et l’agriculture est encore très fortement un sujet de conjecture avec de nombreuses incertitudes.
Pour un exposé sur la production agricole, voir ICI.

Les gaz à effet de serre comme CH4, N2O et les chlorofluorocarbones (CFCs) n’ont pas d’effets directs connus sur les processus physiologiques des végétaux. On se concentrera sur les effets d’une teneur accrue en CO2, et des températures ainsi que de l’intensification du cycle hydrologique qui leur est associée.

III 2 1 L’effet fertilisant du CO2

Le CO2 est un « nutriment » essentiel des plantes ajouté à la lumière, une température propice, l’eau et aux éléments chimiques tels que N, P et K. Des concentrations plus élevées en CO2 peuvent avoir une influence positive sur la photosynthèse.

Dans des conditions optimales de lumière, de température, d’éléments nutritifs et d’humidité, la production de biomasse peut augmenter, particulièrement chez les plantes à métabolisme photosynthétique C3 (Encadré), au-dessus et même en-dessous du sol.
Des valeurs plus élevées en CO2 atténueraient aussi les dommages causés à la croissance des plantes par des polluants tels que NOX et SO2 à cause des ouvertures de stomates plus petites (voir ci-dessous). Des pourcentages plus grands d’amidon dans l’herbe améliorent leur qualité nutritive, impliquant moins de mélange d’aliments dans l’ensilage.

Les principales cultures et les trois itinéraires photosynthétiques
Les plantes sont classifiées C3, C4 ou CAM d’après les produits formés dans les phases initiales de la photosynthèse.
Les espèces C3 répondent plus à l’augmentation de CO2, les espèces C4 répondent mieux que les plantes C3 à une température plus élevée et leur efficience à l’utilisation de l’eau croît plus que chez les plantes C3. Il se peut que ce renchérissement décroisse avec le temps (« down-regulation »).
Plantes C3: coton, riz, blé, orge, haricots, tournesol, pommes de terre, la plupart des légumineuses, des plantes ligneuses et maraîchères ainsi que beaucoup de mauvaises herbes ;
Plantes C4 : maïs, sorgho, canne à sucre, mil, halophytes (plantes qui tolèrent le sel) et beaucoup de hautes herbes tropicales, de pâturage, de fourrage et de mauvaises herbes ;
Plantes CAM (Crassulacean Acid Metabolism, un itinéraire C3 ou C4 optionnel de la photosynthèse qui dépend des conditions): manioc, ananas, figues de barbarie, oignons, ricin.

Avec l’augmentation du CO2 atmosphérique, la consommation d’eau devient plus efficace du fait de la réduction de la transpiration. Cet effet est induit par une contraction des stomates et/ou une réduction de leur nombre par unité de surface foliaire. Ceci diminue plus l’échappement de la vapeur d’eau à partir de la feuille que la photosynthèse.
Avec la même quantité d’eau disponible, il pourrait y avoir plus de surface foliaire et de production de biomasse par les cultures et la végétation naturelle. Les plantes pourraient survivre dans des régions jusqu’à présent trop sèches pour leur croissance. Il y a débat sur le fait que la fertilisation de CO2 peut réduire la qualité nutritionnelle des cultures, en particulier dans les systèmes de culture pauvres en éléments nutritifs, en réduisant l’assimilation des nitrates et diminuant la concentration des protéines (Lobell, Gourdji 2012 :1690).

III 2 2 Les effets de la température

En général, de plus hautes températures sont associées à un rayonnement plus élevé et une plus grande consommation d’eau. Il est relativement difficile de séparer les effets physiologiques des températures (au niveau des plantes et de leurs organes) des effets écologiques (au niveau du champ ou de la région). Il y a, à la fois, des impacts positifs et négatifs aux deux niveaux et seule une simulation spécifique à la culture et au site permet d’évaluer l’effet global « net » des augmentations de température. On s’accorde généralement à dire que:
• l’élévation des températures diminuerait les rendements de certaines cultures, particulièrement si les températures nocturnes s’accroissent ;
• des températures plus hautes pourraient avoir un effet positif sur la croissance des plantes du type CAM. Elles renforceraient aussi l’effet fertilisant du CO2 ainsi que son effet anti-transpirant sur les plantes C3 et C4 à moins que les plantes ne soient surchauffées;
• une température nocturne élevée peut accroître la respiration des plantes, ce qui diminuerait la production nette de biomasse;
• de hautes températures en saison froide conduiraient à un mûrissement précoce des récoltes annuelles, ce qui diminuerait le rendement par culture mais qui permettrait localement la croissance de plusieurs cultures par an due au fait de l’allongement de la saison de croissance. L’élimination hivernale des ennemis des cultures sera probablement réduite à hautes altitudes résultant en des pertes plus importantes de récoltes et en un besoin accru de pesticides;
• des températures plus élevées permettront plus de croissance des plantes à hautes latitudes et altitudes.

Les effets cumulés semblent se compenser au niveau planétaire, comme l’indique le tableau ci-dessous ; bien sûr, cette image globale cache de nombreux changements à petite échelle, qui pourraient être d’une grande importance pour la sécurité alimentaire , même si au total la production mondiale poursuit son rythme.


Estimations du rendement moyen des cultures en réponse au réchauffement et à l'augmentation du CO2

Estimations du rendement moyen des cultures en réponse au réchauffement et à l’augmentation du CO2

III 2 3 Les effets du changement global sur les sols

De manière générale, il faut s’attendre à de plus grandes productivité et efficience de l’utilisation de l’eau des cultures, qui pourrait conduire à des accroissements de la couverture végétale et, par conséquent, à une meilleure protection des sols contre le ruissellement et l’érosion.
Les effets des modifications de température et de précipitations pourraient être atténués par la composition minérale, la teneur en matière organique ou la stabilité structurale de beaucoup de sols. Cependant, une diminution du couvert de végétation ou des cultures annuelles ou pérennes, causée par des réductions importantes de précipitation non compensées par les effets du CO2, pourrait entraîner une dégradation de la structure du sol, une porosité moindre ainsi qu’un ruissellement et une érosion accrue sur les pentes, et qu’une sédimentation plus étendue et plus rapide.
Dans la plupart des cas, les modifications dues à l’action humaine (intentionnelle ou involontaire) seront de loin plus importantes que les effets directs induits par le climat. Des règles de gestion construites pour optimiser une capacité productive soutenue du sol seraient généralement de nature à compenser la dégradation des sols agricoles due au changement de climat.

En réalité, les impacts climatiques pour les plantes sont plus complexes que la simple tolérance à la chaleur et à l’eau : il y a des systèmes de rétroaction qui affectent leur résilience à ces changements.
Les cultures durables pourraient faire face à un temps chaud, mais ne pas résister aux insectes et aux maladies dont la prévalence augmentera.

D’un côté, aux latitudes et aux altitudes plus élevées les cultures pourraient devenir plus productives à mesure que les températures augmentent. Mais d’un autre côté, sous les tropiques et zones subtropicales, zone géographique qui compte la population du monde sous-alimentée, le changement climatique pourrait causer une perte de rendement de 10 à 20 % ou plus d’ici 2050 (Thornton 2012 :2). Les dommages pourraient prendre des formes diverses, mais avec un commun dénominateur : les cultures pourraient ne plus pouvoir croître là où elles poussent depuis de nombreuses générations. Pour nourrir la population de 2050, il faudra simultanément augmenter les rendements-voire même les doubler dans beaucoup d’endroits. Tout en diminuant les émissions de gaz à effet de serre.

III 3 COMMENT L’ENVIRONNEMENT SERA AFFECTÉ

III 3 1 Parasites et maladies

L’élévation des températures devrait hâter la croissance, le développement et la diffusion de beaucoup de parasites et maladies, entraînant un changement de l’épidémiologie de ces dernières, en particulier les infectieuses.
En ce qui concerne ces dernières, on peut s’attendre à l’apparition de plusieurs types de pathologies transmises par des anophèles (moustiques) dont la présence augmenterait vers le Nord. Un léger réchauffement planétaire pourrait augmenter de 30% le nombre de personnes touchées par la malaria chaque année (actuellement deux millions de personnes par an décèdent de cette affection). D’autres maladies tropicales transmises par des moustiques de type fièvre jaune, dengue et encéphalite du West Nile pourraient également faire leur apparition.
Un autre exemple de maladie infectieuse associée à une augmentation de la température est le choléra. En effet, le Vibrio cholerae est adapté à l’eau salée : il y prépare des épidémies au large des côtes car il survit dans le plancton marin. On a constaté au niveau de l’océan Pacifique qu’une augmentation de la température se traduit par l’apparition d’épidémies de choléra : ceci est le cas pour les épidémies qui ont sévi au Bangladesh et au Pérou au cours de la dernière décennie.
Une autre maladie associée à un changement climatique récent a été la Rift Valley fever causée par des Bunyavirus, qui a sévi en Afrique de l’Est suite à des pluies abondantes et à une augmentation des moustiques transmettant le virus, avec des milliers de morts parmi les animaux et les humains. Actuellement, on assiste enfin à des poussées épidémiques de dengue et d’encéphalite du West Nile, dont les liens avec une élévation de la température planétaire sont plus flous (Lew 2002 :).

III 3 2 Forêts et agroforesterie

le réchauffement climatique renforce l’importance d’une couverture forestière plus grande. Les forêts jouent un rôle primordial pour absorber le CO2. Leur destruction -souvent dans le but de la transformer en prairies en culture- contribue à l’augmentation de la concentration en gaz à effet de serre. Malheureusement, les changements du climat pourraient avoir un impact important sur les forêts, les arbres et la biodiversité qu’ils hébergent. Des niveaux de précipitation inférieure rendront les forêts plus sensibles à des feux catastrophiques.


Amplitudes projetées de l'impact du réchauffement climatique sur l'agriculture africaine

Amplitudes projetées de l’impact du réchauffement climatique sur l’agriculture africaine

III 3 3 Les précipitations

On compte parmi les effets associés au réchauffement global une intensification du cycle hydrologique, conséquence d’une disponibilité d’énergie plus grande dans le système climatique. En certains endroits, cela mènera à des changements de la quantité totale de précipitations, de leur distribution saisonnière et de leur fréquence et intensité.

Pendant la deuxième moitié du XXe siècle, la fréquence des fortes précipitations aux moyennes et hautes latitudes de l’hémisphère Nord a probablement augmenté de 2 à 4 %. Des augmentations à long terme relativement faibles ont été observées dans les zones terrestres touchées par des sécheresses ou des inondations importantes, mais dans un grand nombre de régions, une variabilité climatique interdécennale et multidécennale caractérise les changements, sans qu’aucune tendance importante ne soit évidente.
On prévoit également une augmentation des moyennes mondiales de vapeur d’eau et d’évaporation. A l’échelle régionale, les précipitations pourraient augmenter de l’ordre de 5 à 20 %, avec une augmentation des précipitations en été et en hiver sur les régions des latitudes supérieures. Des augmentations sont également prévues en hiver pour les latitudes nord moyennes, en Afrique tropicale et en Antarctique, et en été en Asie australe et orientale. Les précipitations hivernales devraient diminuer en Australie, Amérique centrale et Afrique australe. Très probablement, les variations des précipitations interannuelles seront plus importantes dans la plupart des régions pour lesquelles on prévoit une augmentation des précipitations moyennes (Morel 2007 :9-10).

III 3 4 Les écoulements de l’eau

« L’écoulement » désigne la quantité d’eau qui s’écoule sur la surface terrestre et donne une bonne indication de l’eau disponible.
Les changements climatiques prévus aggraveraient les problèmes de pénurie et de qualité de l’eau dans de nombreuses régions, mais les amélioreraient dans d’autres. L’ampleur des changements varie selon les scénarios, en partie en raison des différences au niveau des précipitations prévues (notamment à propos de l’intensité des pluies) et en partie en raison des différences au niveau de l’évaporation prévue.

Les inondations

La vulnérabilité aux inondations n’est pas partout la même à l’intérieur des pays, les pauvres étant souvent les premières victimes. Par exemple, Dhaka, Kolkata (Calcutta), Shanghai, Mumbai (Bombay), Jakarta, Bangkok et Hô-Chi-Minh-Ville sont les villes qui comptent le plus grand nombre de personnes exposées aux inondations, et se trouvent en outre dans des pays affichant un PIB par habitant peu élevé, maintenant comme en 2050 .

Il faut noter la non-linéarité et les effets de seuil en hydrologie. La sécheresse régionale qui a frappé l’Afrique durant les années 1970 et 1980 fournit une illustration de ces concepts : tandis que les précipitations sur cette région diminuaient pendant ces deux décennies de 25% par rapport à la période 1950-1989, les principales rivières s’écoulant dans la région ont subi des réductions dans les flux annuels de l’ordre de 50 %. En d’autres termes, ce qui peut être considéré comme un changement mineur dans le total de précipitations pourrait avoir des effets tangibles sur la ressource en eau.
Par ailleurs, une augmentation du débit annuel des rivières n’est pas nécessairement bénéfique, en particulier dans les climats à caractéristiques très saisonnières, parce que l’eau « supplémentaire » peut ne pas être utilisable en l’absence de stockage adéquat, et peut aussi entraîner des inondations plus fortes et plus fréquentes.
A noter enfin que l’augmentation de température globale joue aussi sur la période des écoulements : au cours des dernières décennies, dans une grande partie de l’Europe de l’Est, de Russie européenne, et d’Amérique du Nord, les débits fluviaux maximaux ont été observés à la fin de l’hiver plutôt qu’au printemps : l’eau n’est plus stockée sous forme de neige, ce qui a une influence par exemple sur le pic de production hydroélectrique, déplacé du printemps à l’hiver(Morel 2007 :13-14).


Coûts de l'adaptation au réchauffement climatique pour l'eau

Coûts de l’adaptation au réchauffement climatique pour l’eau

Côté pollution, la fréquence, la durée, l’ampleur et la portée des phénomènes d’appauvrissement en oxygène et de prolifération d’algues nocives vont augmenter d’ici à 2050, car les fleuves apportent toujours plus d’éléments nutritifs dans les mers, notamment dans le Pacifique. Les rejets de phosphore devraient progresser plus vite que les rejets d’azote et de silicium, non sans compromettre l’équilibre naturel des écosystèmes marins près des côtes. La tendance est encore accentuée par la multiplication des barrages partout dans le monde. Du fait que les sédiments chargés en silicium se déposent au fond des réservoirs, la quantité de sédiments charriés en aval diminue, et la concentration de silicium est réduite d’autant. Ce déséquilibre amplifie le risque de prolifération d’algues nocives .


Exemples d'incidence possible des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes

Exemples d’incidence possible des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes

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III 4 COMMENT LES SOCIÉTÉS RISQUENT D’ÊTRE IMPACTÉES

III 4 1 Une exposition aux risques différenciée


Catastrophes naturelles liées à l'eau en 2010

Catastrophes naturelles liées à l’eau en 2010

Populations exposées aux inondations

Populations exposées aux inondations

Dans les pays à bas revenus et à revenus intermédiaires, entre un tiers et la moitié de la population urbaine vit dans des bidonvilles. Ces implantations informelles abritent au total environ 1 milliard de personnes. Avec des taux de croissance actuels de 25 millions de personnes par an (ONU-Habitat 2009), elles devraient doubler de taille dans les prochaines décennies.
Les habitants de bidonvilles sont davantage exposés aux catastrophes que les résidents d’autres zones urbaines : en effet, ces implantations sont souvent situées dans des zones exposées aux glissements de terrain, aux inondations, à l’activité sismique ou aux accidents industriels. En cas de catastrophe, elles sont en outre plus vulnérables en raison de la surpopulation, des services limités et du manque d’infrastructures adéquates.

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Dans les pays à faible revenu, la mortalité est proportionnellement plus élevée chez les enfants, les femmes et les personnes âgées lors de catastrophes comme les inondations, les vents violents, les glissements de terrain. Le taux de mortalité des enfants âgés de deux à neuf ans est plus du double de la moyenne, les filles d’âge préscolaire étant cinq fois plus susceptibles de mourir que les hommes adultes.
Les températures moyennes plus élevées vont agrandir les zones où de nombreuses maladies tropicales telles que le paludisme sont établies ; or le paludisme est une véritable menace, étant considéré qu’en Afrique, il est la cause de 65 % de la mortalité des enfants de moins de cinq ans ; le paludisme accroît également la gravité des autres maladies, faisant plus que doubler la mortalité globale des jeunes enfants.

Les interactions entre changement climatique, conditions socio-économiques et comportement des populations relativement aux maladies infectieuses vont être de plus en plus importantes dans les années à venir. Par exemple, si des migrations de masse dues aux changements climatiques se produisent, de nombreuses maladies seront diffusées par les migrants, et il est fort possible que de nouvelles espèces de souches infectieuses se développent, avec des effets importants sur les populations réceptrices (Rosenthal 2009 :492-93).

Mais attention : comme les maladies infectieuses fonctionnent en réseau, il ne suffit pas qu’un de leurs vecteurs arrive à un nouvel emplacement pour pouvoir créer des risques endémiques. Le principal facteur de risque est la disposition d’une large variété d’hôtes potentiels ; et surtout, la facilité du pathogène à évoluer en mutant.
Il s’ensuit que pour certains parasites il faudra du temps pour que les évolutions nécessaires à leur dispersion dans des zones propices en termes de densité d’accueil se produisent.


Distribution selon la hache et le genre des décès dus à des tsunamis

Distribution des décès dus à des tsunamis selon l’âge et le genre

III 4 2 Des risques de conflits

Le réchauffement climatique va causer une raréfaction de certaines ressources en certains lieux pour certaines populations ; peut-il dans ces conditions être une cause de conflits entre les humains ? le tableau ci-dessous confirme cete éventualité :

Origin, period Destination Environmental push factors Other push factors # Moving Conflict in destination Conflict intensity Sources
1. Bangladesh, rural areas, coastal areas, islands, 1970s—I990s Bangladesh, Chittagong Hill Tracts Droughts, water scarcity, floods, storms, erosion, desertification Overpopulation, underdevelopment, government migration incentives 600 000 Migrant—resident ethnic strife, insurgency High Hafiz and Islam (1993), Lee (2001), and Shelley (1992)
2.Ethiopia: (a) central/ northern; (b) Awash river basin-Afar,1984-1985 Ethiopia: (a) southwest, west; (b) Wollo region Drought, famine, forest fires, locust invasion « Underdevelopment,
overpopulation,
government promptes
cotton/sugar,
overgrazing »
600 000 Nomad—farmer conflict over land Medium Ezra and Kiros (2001), Otunnu (1992), and Rahmato (1991)
« 3.Rwanda, rural
south, center,
early 1990s »
Rwanda, north, l’aire Arable land/water scarcity, land degradation, deforestation « Overpopulation, food
scarcity, civil war,
underdevelopment,
government aid in
north »
1,7 Million Ethnic tension with colonial roots, civil war, genocide Very high Kane (1995a, 1995b), Patterson (1995), and Uvin (1996)
4. Mexico,Southern Guatemala, 1960s-1990s Mexico, eastern,Chiapas Land degradation, deforestation, land pressure Persecution, civil war in Guatemala, Mexican government resettlement policy, unequal land distribution, overpopulation 280000 « Peasants—loggers/ ranchers conflict over
land, insurgency »
High Roodman (1994), Collier Brown, Kane, and (1994), and Renner (1996)
5.Bangladesh, varions regions 1950s—current India, West Bengal, Assam, Tripura Droughts, water/land/ food scarcity, land erosion, storms, salt intrusion India’s diversion of Hindu— Ganses River, failure to share river water, overpopulation 12-17 Million Muslim violence, massacre High Homer-Dixon (1999), Kalbag (1983), and Swain (1996)
6.El Salvador, I950s—I980s Honduras up to the late 1960s, then US Deforestation, land degradation, arable land/water scarcity Wealth disparity, skewed land-tenure, resource content, border poverty, dispute, 1969 Soccer War overpopulation, repression 300,000 to Honduras, 500,000 to US Migrant—resident Very high Durham (1979), Homer-Dixon (1999), and Myers (1993)
7.Ethiopia/Eritrea, 1960s-1980s Southern Sudan Droughts, famines Underdevelopment,Eritrean secession, war 1.1 Million Migrant—resident clash over water and land Medium « Bilsborrow and DeLargy, (1990), Jacobson and Kane (1995a)
Wilkinson (1993), and »
8.Mauritania, 1980s—I990s Senegal, Senegal River Valley Drought, soil erosion, desertification, deforestation, water scarcity Moors—African enmity, interstate war, Senegal river dam raises land values and stakes, population growth 690 000 Border skirmishes, ethno- religions violence, riots High Baechler (1999), Black and Sessay (1998), and Westing (1994)
9.Somalia, late 1970s Somalia—Ethiopia border region, Ogaden Arable/grazing land degradation, water scarcity Underdevelopment, population growth, interstate war 400 000 « Migrant—resident water
conflict, long-standing
hostility »
Medium Gebramendhin (1991), Molvaer (1991), and Westing (1994)
10.Haiti, north, 1970s-1990s Rural hillsides, l’Artibonite region, cities, Dominican Republic, US Deforestation, land scarcity/degradation, erosion Poverty, inequality, high density, repression 13 Million Civil unrest, urban violence Medium Catanese (1999), Myers (1993), and Roper (1996)
11. Philippines, lowlands, 1970s-1990s Philippines, center, uplands Arable land/water scarcity, deforestation, floods, slides, drought, land degradation Overpopulation, land/ wealth disparity, vague property rights, unemployment, underdevelopment 4.3 Million « Landowner—peasant
tension, civil strife,
insurgency »
High Cruz, Mayer, Repetto, and Woodward (1992), Myers (1993), and Saith (1997)
12.South Africa, black areas I970s-1980s South Africa, urban centers Land degradation, deforestation, subsistence crisis, water scarcity Repression, poverty, Land squatters, social poor infrastructure, per year discord, violence African unemployment, overpopulation Up to 750,000 Medium Baechler (1999), Lawson (1991), and Percival and Homer-Dixon (1998)
13.Sahel, rural areas, late 1960s—I980s Sahel, urban regions, neighboring coastal states Droughts, famines, land scarcity Inflation, underdevelopment, overgrazing 10 Million Unrest in drought areas, rejection of newcomers Medium El Hinnawi (1985), Jacobson (1989), Kane (1995b), and Russell, Jacobsen, and Stanely (1990)
14. Brazil, northeast, 1960s present Brazil, central and southern Amazon region Droughts, land degradation, water scarcity, deforestation « Overpopulation,
poverty, land
disparity, government subsidizes settlers, vague property rights »
8 Million Clashes between landowners and squatters Medium « Alston, Libecap, and
Mueller (2001), Bilsborrow (2001), and UN (2001) »
15. Sudan, north, south, west, 1970s-1980s Sudan, Khartoum, Central, Kordofan, east Droughts, famine, desertification, deforestation, erosion Civil war, underdevelopment, policies against small farms and pastoralism, population growth 3,5-4 Million by early 1990 Government -migrant squatters clash, ethnic tension, nomads-landowners clash High Abu Sin (1995), Mahmoud (1998), and Unruh (1993)
16. US, Great Plains, 1930s US, other regions Droughts, sand storms, land degradation Great Depression, over-plowing/grazing 2.5 Million Rejection of migrants, contest over jobs, discord Medium Gregory (1989), PBS (2002), and Worster (1979)
« 17. Ethiopia, late
1970s »
Ethiopia-Somalia border region, Ogaden Grazing/arable land degradation, deforestation « Overpopulation,
Ogaden War, land disparity, underdevelopment »
450 000 EthiopiaeSomalia water and border dispute, resource competition, war Very high « Gebramendhin (1991),
Jacobson and Wilkinson (1993), and Molvaer (1991) »
18. Nigeria, Jos Plateau, 1970s-1990s Urban areas, intraregional « Soil/water/air
pollution, silted rivers, land scarcity/degradation »
« Tin-mining, poverty,
unemployment, high population density/growth »
n/a Nomadic herdsmene farmers conflict over resources Medium Ajaegbu (1994)
19. Pakistan, 1980se1990s Urban areas, especially Karachi and Islamabad « Water scarcity,
deforestation, pollution, floods, land degradation »
Population growth, unequal access to resources, poverty, unemployment, unclear land-tenure n/a ethnic discord, resource struggle, urban violence Medium Homer-Dixon and Percival (1996) and IOM (1996)

IV LA QUESTION DES MIGRATIONS CLIMATIQUES

La question des migrations climatiques a fait et fera encore couler beaucoup d’encre, car comme on va le voir elle est loin d’être simple.

IV 1 DES PRÉMICES

IV 1 1 Les îles en première ligne

D’ores et déjà, des archipels comme les Iles Carteret, Tokelau et Vanuatu ont entrepris de réinstaller des personnes de manière permanente du fait de pertes de terres et d’intrusion d’eau salée dans les ressources d’eau douce (Revue des Migrations Forcées 2008 :19).
De nombreuses communautés indigènes d’Alaska sont aussi menacées. Les communautés de Shishmaref, Kivalina, Shaktoolik et Newtok sur la côte ouest de l’Alaska doivent se réinstaller ailleurs (Revue des Migrations Forcées 2008 :30).

Les cas les plus emblématiques de ces dernières années sont les îles Carteret en Papouasie-Nouvelle-Guinée, les habitants du village Lateu au Vanuatu, la relocalisation du village de Shishmaref sur l’île Sarichef en Alaska, et la submersion de l’île de Lohachara dans Hooghly rivière de l’Inde.

En 2005, il a été officiellement décidé d’évacuer les 1.000 habitants des îles Carteret, un groupe de petits atolls coralliens de faible altitude administrés par la Papouasie-Nouvelle-Guinée. L’érosion liée à la tempête et l’intrusion d’eau salée avaient rendu la population presque entièrement dépendante de l’aide extérieure. Dix familles ont été déplacées vers la grande île de Bougainville, à 100 kilomètres de là.
Un deuxième groupe d’une centaine de résidents de Lateu, sur l’île de Tegua le Vanuatu, ont été déplacés plus à l’intérieur, encore une fois suite à des dommages causés par les tempêtes, l’érosion et le sel à leur village d’origine. Dans les deux cas, la déclaration de leur statut de «premiers réfugiés du changement climatique» a été programmée pour coïncider avec la réunion de la Convention sur le climat des Nations Unies en Novembre 2005.
Le village de Shishmaref se trouve sur l’île de Sarichef juste au nord du détroit de Béring. Une combinaison de fonte du pergélisol et d’érosion des bords de mer ont forcé les habitants à déménager leur village de quelques kilomètres.
En Décembre 2006, on a craint la première submersion d’une île habitée à cause du changement climatique : l’île de Lohachara dans le delta du fleuve Hooghly.
Il est intéressant toutefois de noter qu’il ya peu de consensus scientifique sur le fait que que ces quatre cas sont directement attribuables à un changement climatique d’origine anthropique. Certains ont fait valoir que la pêche à la dynamite aux îles Carteret avait détruit la protection naturelle offerte par la barrière de corail, tandis qu’un affaissement naturel et des mouvements tectoniques pourraient également expliquer l’inondation des îles.

IV 1 2 Mais des processus complexes

Cinq facteurs principaux liés aux changements climatiques, certains liés entre eux, menacent la pérennité du séjour sur certaines îles, en particulier sur les atolls de faible hauteur ; ce sont : la montée du niveau des mers, l’accroissement de la fréquence et de la sévérité des tempêtes, les changements dans les ressources marines, l’acidité accrue des océans et les changements dans les ressources en eau douce.
Des exemples de pays insulaires entiers menacés par la montés du niveau des mers comprennent Kiribati, les Maldives et Tuvalu. En outre, si les plaques de glace venaient à s’effondrer, une grande partie de leur superficie pourrait se retrouver submergée. Alors que l’on s’attend à des changements dans les cheminements des cyclones tropicaux tandis que les tempêtes sont en passe de devenir plus fréquentes et plus sévères, les îles qui n’avaient subi que quelques évènements extrêmes jusqu’à présent risquent d’y faire face plus régulièrement.
Les changements chimiques, plutôt que géomorphologiques, peuvent aussi diminuer l’habitabilité des îles de faible hauteur. L’absorption du dioxyde de carbone par les océans conduit à l’acidification des océans, ce qui endommage les récifs de corail et expose les îles à des vagues de plus grande énergie tout en modifiant la nature des pêches côtières.
En ce qui concerne les ressources marines, la nature des impacts demeure incertaine. Dans certains endroits, les ressources peuvent décliner et des espèces peuvent disparaître mais beaucoup d’autres peuvent migrer. Certaines îles peuvent bénéficier d’une plus grande abondance de poisson ou d’autres ressources marines, alors que d’autres risquent de perdre les ressources alimentaires dont elles dépendaient. De même, du fait de ressources en eau douce d’ores et déjà limitées sur certaines îles — de nombreux endroits vont faire l’expérience de conditions plus sèches ; même si des tempêtes tropicales plus nombreuses apporteront davantage d’eau, les dégâts causés par elles annuleraient les bienfaits d’un plus grand apport d’eau.
En fonction des impacts exacts sur des îles spécifiques, les déplacements permanents peuvent devenir la seule option viable à long terme. La sévérité des changements environnementaux a mené au déplacement des habitants des îles par le passé.

Jusqu’à présent, les exemples connus de la migration forcée causés par le changement climatique d’origine anthropique sont relativement anecdotiques, touchant quelques centaines ou milliers de personnes à la fois. L’envie pour les médias de faire les manchettes a eu tendance à occulter le fait que les variations climatiques ont influencé la répartition de la population humaine depuis probablement des milliers d’années. Il y a environ 700 ans, la chute du niveau des mers et des modifications régionales du climat ont forcé beaucoup d’insulaires du Pacifique à abandonner leurs villages (Revue des Migrations Forcées 2008 :20). Toutefois, la convergence de l’ensemble des scénarios disponibles prédisant une accélération du réchauffement climatique d’une part, de la croissance démographique des populations vivant sur des terres à risque d’autre part, donne à penser que la migration forcée d’origine climatique est sûrement appelée à augmenter. Les questions importantes sont, de combien ? et avec quelles conséquences pour les migrants? (Brown 2008 :25).

IV 2 ÉVALUER LES FUTURES MIGRATIONS

Les prévisions sont compliquées par trois facteurs:

Tout d’abord, la migration climatique forcée aura lieu dans un contexte de changements sans précédent dans le nombre et la répartition de la population dans le monde. La population mondiale croît actuellement à un rythme de 1,1 % et devrait atteindre 9,6 milliards d’ici 2050. En même temps ce produit un mouvement accéléré vers les zones urbaines. Déjà 49 % de la population mondiale vit dans les villes, et le taux de croissance de la population urbaine est presque le double (2%) que la croissance totale de la population.
Ces tendances sont particulièrement marquées dans les pays à faible et moyen revenu.
Deuxièmement, il n’existe pas de vraies bases de références pour les mouvements migratoires actuels. Les systèmes actuels ne permettent pas de recueillir ce genre de données, en particulier pour les migrations internes. Les moyens disponibles limités sont axés sur le suivi des migrations transfrontalières. Étant donné que la majorité des migrants climatiques forcées devrait rester à l’intérieur de leurs propres frontières, il n’est pas possible de recueillir des données sur ces mouvements.
Troisièmement, ce qui se passera dans la seconde moitié du XXIe siècle dépend dans une large mesure de ce que nous faisons aujourd’hui. Jusqu’en 2050, le degré d’inertie du système climatique fait que le changement climatique des 50 prochaines années est largement prédéterminé. Cependant, l’étendue et la nature des changements climatiques d’après est tributaire des émissions actuelles. Par conséquent, il est hautement spéculatif de tenter des prévisions au-delà de 2050.

Les estimations de (Myers 2002 :611) évaluent le nombre de personnes exposées au risque de hausse du niveau de la mer à l’horizon 2050 à quelque 26 millions au Bangladesh, 12 millions en Egypte, 73 millions en Chine, 20 millions en Inde, et 31 millions ailleurs, y compris les petits États insulaires, soit un total de 162 millions. Dans le même temps, au moins 50 millions personnes pourraient être exposées à un risque sévère de sécheresses accrues et d’autres perturbations climatiques, soit un total de 200 millions de réfugiés climatiques en 2050, chiffre qui a beaucoup circulé et qui fait référence, faute de mieux.

Oli Brown, directeur de Programme auprès de l’Institut International de Développement Durable (International Institute for Sustainable Development) module les estimations précédentes en s’appuyant sur les scénarios du GIEC décrivant les réactions possibles des Etats au regard des gaz à effet de serre, et donc du réchauffement climatique (Brown 2008 :27-30)  ; ses conclusions sont les suivantes :

dans l’hypothèse d’une forte réaction de la communauté internationale, le réchauffement étant limité, ses conséquences climatiques le sont aussi (hausse de la température moyenne : + 1,7 °C, du niveau de la mer : de 8 à 18 cm) et ont un impact minime sur le volume de la migration climatique éventuelle ;
dans l’hypothèse « moyenne » d’efforts internationaux visant à réduire les émissions de GES retardés, inégaux et pas particulièrement efficaces , et où des efforts et des fonds sont investis dans l’adaptation, mais de façon insuffisante, l’estimation de l’élévation de la température est de 2,4 º C (avec une fourchette probable de 1,7 º C à 4,4 º C) ; certaines régions subiraient des inondations côtières, affectant entre 11 et 170 millions de personnes supplémentaires chaque année.
Avec des températures plus élevées, les implications pratiques du changement climatique sont beaucoup plus importantes. L’élévation du niveau de la mer serait comprise entre 21 et 48 cm et les précipitations dans les zones sub-tropicales pourraient chuter de 20 % : 1 à 4 milliards de personnes souffriraient des pénuries d’eau et entre 150 à 550 millions de personnes supplémentaires seraient en danger de souffrir de la faim. Les terres marginales deviendraient de plus en plus inhabitables, avec des hausses spectaculaires de l’exode rural interne et l’émigration vers les pays riches, en particulier des jeunes et des personnes qualifiées. Dans le même temps, des millions de personnes seraient déplacées temporairement du fait d’événements météorologiques extrêmes. Dans ce scénario, le chiffre de 200 millions de personnes déplacées chaque année vers 2050 pourrait facilement être dépassé.

IV 3 LA MIGRATION CLIMATIQUE, UNE QUESTION COMPLEXE

Le tableau ci-après est la suite du précédent, mais fait état de déplacements de personnes dus à des contraintes climatiques sans conflit ouvert ;

Origin, period Destination Environmental push factors Other push factors # Moving Sources
20. Bangladesh, rural areas, 1970se1990s « Bangladesh, urban centers » Droughts, storms, floods, water scarcity Overpopulation, rural poverty n/a Baechler (1999) and Hafiz and Islam (1993)
21. China, primarily Gansu and Ningxia, 1980se1990s Bangladesh, urban centers « Floods, land degradation, desertification, water scarcity » Overpopulation, rural poverty Mountainous terrain, poverty, malnutrition, government incentives 20e30 Million Baechler (1999), Brown et al. (1994), and Smil (1995)
22.Ecuador, highlands, southern region, 1970s-1990s Ecuador, northern Ammon Droughts, deforestation, land degradation, water scarcity Underdevelopment, constructing oil pipelines in Amazon region n/a Bilsborrow (2001), Pichon and Bilsborrow (1999), and UN (2001)
« 23.North Korea, 1995-2000 » China, urban centers Floods, tidal waves, droughts, land degradation, deforestation Failure of collective farming policy, lack of infrastructure, poverty 300,000-400,000 Chu-Whan (1999), Lee (2001), and Yoon (1998)
24.Somalia, late 1980s— mid 1990s « Somalia-Ogaden, Kenya, Ethiopia, Djibouti » Drought, erosion, deforestation Civil war in Somalia, population growth, overgrazing 2.8 Million Cooper (2001), Kane (1995a, 1995b), and Kibreab (1994)
25.Guatemala, rural arecs, 1950-1980s Guatemala, north Peten region, urban centers, eastem lowlands, Pacific Coast, US Land degradation, deforestation, floods, river sedimentation, water scarcity Overpopulation, land inequality, underdevelopment, government promoting export crops, insurgency 100,000 Bilsborrow and DeLargy (1990), Sader, Reining, Sever, and Soza (1997), and UN (2001)
26.Dominican Republic Las Ayumas, 1940s-1980s, Dominican Republic, Santiago’s urban center Deforestation, land degradation Coffee price rise stimulates deforestation to grow coffee, poverty Several tens of thousands Bilsborrow (2001), UN (2001), and Zweifler, Gold, and Thomas (1994)
27.Canada, Great Plains, 1931-1939 Canada, other regions, urban arecs « Droughts, sand storms, land degradation » Great Depression, over-plowing/grazing 300,000 IISD/EARG (1997), Lockeretz (1978), and Rosenzweig and Hillel (1993)
28.Mexico, rural amas, Oaxaca Mexico, urban centers, US Drought, land degradation, water scarcity, deforestation Underdevelopment, inequality, population growth 600.000-900,000 annually Arizpe (1981), Liverrnan (2001), NHI (1997), and Schwartz and Notini (1994)
« 29.Kenya, Western, Northem, 1960s-1990s » Kenya, Rift Valley, some remain in West, urban canters Drought, land degradation, land scarcity, famine « Overpopulation, ethnie strife, inequality, unemployment » 150,000-200,000 Dietz (1986), Gould (1994), and IOM (1996)
30.Uzbekistan, Kazakstan, Aral Sea, 1970s-2000 « Within region or adjacent regions » « Pollution, salinization, dust storms, water scarcity, sea desertification » Unemployment, underdevelopment, ethnie factor, water scarcity 65,000-100,000 Annually Shestakov and Streletsky (1998), Small, van der Meer, and Upshur (2001), and UN (2001)
31.Caspian Sea region, Kalmykia, 1990s Russia, neighboring regions Inundation, floods, land scarcity Ethnie pull factor, unemployment, underdevelopment 2200-8100 Annually Chuykov (1995) and Shestakov and Streletsky (1998)
« 32.Russia, Kola Peninsula » « Russia, varions regions » Air pollution « Poor healthcare,
social problems »
5% of Population Kane (1995b) and Specter (1994)
33.Burkina Faso, Mossi Plateau, 1960s-2000s Burkina Faso, south, east Drought « Underdevelopment,
population pressures »
n/a Binama (1996), Cordell, Gregory, and Piche (1996), and Henry, Schoumaker, Beauchemin, and Dabire (2003)
34.India, west Rajasthan, East India, 1978-1983 « India, Haryana,
Madhya Pradesh,
Madras »
Drought Underdevelopment n/a Jacobson (1989)
35.Zimbabwe, Southern lowlands, 1980s— Zimbabwe, highlands Drought Unclear property rights, overgrazing, poverty, seasonal movement n/a Lonergan (1998) and Scoones (1992)
36.Thailand, northeast, 1980s-1990s « Thailand, other rural
areas, urban centers »
« Deforestation, land
scarcity/degradation »
Underdevelopment n/a Bilsborrow (2001), Cropper, Griffiths, and Mani (1997), and Panayotou and Sungsuwan (1994)
37.Russia, Arctic region, 1990s Russia, urban centers, other CIS countries Extreme weather « Socioeconomic
decline »
70,000 Shestakov and Streletsky (1998)
38.Tanzania, Southem and northeast regions, 1950s-1990s « Usangu Plains,
Tanzania »
Land scarcity/ degradation Overpopulation, poverty, govemment promotes commercial agriculture 84,000 Charnley (1997), Mwakipesile (1976), and Odgaard (1986)

Ce tableau suggère que les migrations environnementales sont impulsées par différents facteurs qui agissent simultanément : dégradations des sols, sécheresses, déforestations, pénuries d’eau, inondations, famines… Le sous-développement, la dépendance des moyens de subsistance à l’égard de l’environnement, la densité de population et sa croissance, les inégalités de revenus, concourent à ces migrations. Les régions qui présentent le plus de problèmes environnementaux et dépendent le plus de l’environnement pour leurs moyens de subsistance sont aussi celles qui présentent les épisodes de migrations environnementales les plus nombreux.
En complément, on présente ci-dessous deux analyses de terrain.

IV 3 1 Des exemples

L’EXEMPLE DU MOZAMBIQUE

(Warner, Ehrhart, Sherbinin, Adamo, Chai-Onn 2009 :13) présentent quelques retours d’expérience
La migration représente parfois un mécanisme d’adaptation pour ceux dont les ressources leur permettent de migrer tôt et suffisamment loin du danger. Elle représente aussi, dans des cas plus extrêmes et pour ceux ayant moins de ressources, l’expression d’une adaptation manquée.

Afin d’explorer ces différents scénarios, la Commission européenne finance le projet EACH-FOR afin d’évaluer l’impact du changement environnemental sur les migrations au niveau local, national, régional et international. Le projet comprend une étude de terrain sur 22 emplacements différents2 dans six régions du monde, afin de répondre aux questions suivantes:
1. Qui sont les personnes qui migrent afin de s’éloigner de situations de dégradation ou de changement environnemental?
2. D’où viennent les migrants dont le déplacement est provoqué par l’environnement et où vont-ils?
3. Pourquoi les personnes ont-elles migré (c.-à-d. quel rôle a joué le changement ou la dégradation de l’environnement)?
4. Quelles sont les interactions entre la dégradation de l’environnement et les autres facteurs sociaux, économiques et politiques qui influencent la migration?
5. Qu’est-ce qui pourrait empêcher les personnes de migrer lorsqu’elles font face à la dégradation de leur environnement? (c.-à-d. quelle assistance aurait été nécessaire, qu’est-ce qui a manqué?)
6. Pourquoi certaines personnes restent-elles dans des régions où l’environnement change ou se dégrade alors que d’autres décident de migrer? (c.-à-d. quelles sont leurs stratégies et leurs capacités d’adaptation?)
7. Comment se produit le déplacement provoqué par l’environnement? (c.-à-d. choix de destination, réseaux utilisés)
8. Quel rôle joue la perception que les personnes ont de la dégradation environnementale dans leur décision de migrer?

Les changements climatiques se manifestant par des phénomènes extrêmes posent un problème de plus en plus important aux habitants du Mozambique. En 2001, 2007 et 2008 des pluies diluviennes ont provoqué des inondations le long du fleuve Zambèze dans le centre du pays. Les inondations de 2007 ont été exacerbées par l’impact du cyclone Flavio; de nombreuses personnes devinrent sans-abri.
Les pressions de l’environnement (en particulier, les inondations) contribuent aux migrations et aux déplacements. Après des inondations répétées, les populations sont réinstallées de manière permanente ou semi-permanente. Le long de la vallée du Zambèze, les déplacements temporaires en masse prennent des allures de déplacements permanents. Les recherches sur le terrain n’ont pas révélé de migrations à grande échelle provoquées par les inondations du Zambèze, ni de grands types de migration rurale-urbaine pour les groupes touchés par les inondations. Par contre, les recherches ont révélé que les programmes de réinstallation organisés par le gouvernement dépassent, dans les zones touchées par les inondations, les déplacements provoqués par l’environnement.
La réinstallation permet d’éloigner les personnes du danger physique d’inondations extrêmes mais elle peut aussi provoquer d’autres difficultés d’ordre environnemental, économique et social. Les personnes vivant de l’agriculture et de la pèche de subsistance sont déplacées loin des terres fertiles sur les rives du fleuve, vers des zones plus élevées, où sévit la sécheresse. Certaines personnes ayant été réinstallées essaient de retourner périodiquement sur leurs champs aux abords du fleuve afin de conserver la propriété de leurs terres et leur mode de vie en tant qu’agriculteurs. A cause de la réinstallation, ces populations perdent souvent leurs moyens de subsistance; ainsi les familles réinstallées finissent par dépendre presque entièrement de l’aide gouvernementale et internationale. Alors que des phénomènes climatiques extrêmes continuent de s’abattre sur le Mozambique, son gouvernement devra de plus en plus souvent prendre des décisions concernant la gestion des populations à risque et les déplacements dus à des facteurs environnementaux.

L’EXEMPLE DU GHANA

Lors d’une enquête effectuée auprès de 203 migrants internes du nord-ouest du Ghana, cf.(Revue des Migrations Forcées 2008 :16), la grande majorité ont affirmé que des raisons environnementales les ont poussés à partir. Les personnes interrogées ont répondu qu’elles avaient décidé de migrer à cause du manque de terres fertiles, des précipitations peu fiables, des récoltes trop faibles ou des problèmes liés à la sécurité alimentaire. Seule une minorité a cité des raisons de migrer non liées à l’environnement: manque d’opportunités autres qu’agricoles, conflits familiaux, sorcellerie, vol de bétail et désir de liberté et d’indépendance.

Les résultats montrent que :

il existe une forte relation inverse entre les précipitations et les départs de population. Les districts qui connaissent de faibles précipitations ont tendance à voir leur population migrer.
il existe une relation inverse entre la tendance à migrer et le niveau de végétation. Toutefois, cette relation n’est pas aussi prononcée que pour les précipitations.
les districts les plus peuplés semblent être le point de départ d’un nombre plus élevé de migrants. Une densité de population élevée dans les zones rurales entraine la pénurie des terres, l’un des motifs principaux de migration selon les personnes interrogées lors de notre enquête.
les districts où les terres utilisables pour l’agriculture sont les plus nombreuses connaissent toutefois un taux de migration plus élevé. Selon notre explication, c’est parce que les régions aux terres fertiles ont historiquement poussé les hommes à s’y établir, et se trouvent maintenant être les régions les plus densément peuplées. Ainsi, la rareté des terres et le déclin de leur fertilité ont-ils pour effet de provoquer le départ des populations.

Les analyses indiquent, d’une part, que les tendances migratoires sont plus prononcées dans les districts où la pénurie de ressources naturelles est plus élevée et, d’autre part, que les migrations n’ont pas augmenté en période de stress environnemental dans les régions d’origine des flux migratoires à cause des conditions économiques défavorables dans la principale région de destination.
L’image qui émerge ainsi du nord du Ghana n’est pas celle d’une migration du désespoir face aux catastrophes environnementales. Au contraire, la cause environnementale des migrations au départ du nord du Ghana semble être davantage la pénurie structurelle que la dégradation.

IV 3 2 Conclusions

Il est clair que de nombreuses catastrophes naturelles sont, au moins en partie, dues à « l’homme ». Un aléa naturel ne devient une « catastrophe naturelle » que si une communauté est particulièrement vulnérable à ses effets. Un typhon tropical, par exemple, devient une catastrophe s’il n’y a pas de système d’alerte précoce, si les maisons sont mal construites et si les gens ne sont pas conscients de ce qu’il faut faire en cas de tempête.
La vulnérabilité d’une communauté, alors, est fonction de son exposition aux conditions climatiques (comme un emplacement côtier) et de sa capacité d’adaptation (capacité d’une communauté pour surmonter la catastrophe et récupérer après). Pays et communautés ont des capacités d’adaptation très différentes. La richesse nationale et individuelle est un facteur déterminant clairement la vulnérabilité, permettant une meilleure réduction des risques de catastrophe. Dans la décennie 1994-2003, des catastrophes naturelles dans les pays à fort développement humain ont tué en moyenne 44 personnes par événement, tandis que des catastrophes dans les pays à faible développement humain ont tué une moyenne de 300 personnes chacune.
Ainsi, la politique intérieure reste une variable clé dans la réduction des risques de catastrophe et de l’exposition de la population. Une adaptation bien conçue peut réduire la vulnérabilité des pays concernés aux impacts des événements climatiques et permettre de gérer l’évolution des processus climatiques.
La migration est généralement considérée comme un échec de l’adaptation, pas une forme d’adaptation.

Mis à part les cas évidents où le déclenchement soudain de changements environnementaux tels que ceux causés par les tremblements de terre ou les inondations mènent à des déplacements forcés, les migrations environnementales découlent de processus de dégradation lents (ex : désertification). Lorsque la dégradation environnementale est un facteur additionnel mais non un facteur majeur, la question peut se poser de qualifier la migration « d’environnementale ».
Une étude de terrain menée à Tuvalu auprès des habitants sur place et auprès des migrants à Auckland (Nouvelle Zélande, plus proche voisin) a fait ressortir

« …qu’il n’existe pas, à Tuvalu, de relation causale directe entre le changement climatique, la perception de celui-ci et le comportement migratoire (…). D’autres facteurs, tels que les valeurs et les intérêts personnels, doivent impérativement être pris en compte dans l’explication du comportement migratoire.(…). La réalité empirique (…) montre au contraire que les migrants ont rarement envisagé leur migration comme une contrainte inéluctable, mais plutôt comme une stratégie d’adaptation, de réduction des risques. » (Gemenne 2010 :15-17).

.

IV 4 QUEL STATUT POUR LES MIGRANTS ?

« Les termes et les concepts tels que migrations environnementales, migrations provoquées par les changements climatiques, réfugiés environnementaux ou écologiques, migrants dus aux changements climatiques et migrants forcés par l’environnement sont dispersés tout au long des textes. La raison principale de ce manque de définition concernant les migrations dues à la dégradation environnementale ou aux changements est liée à la difficulté d’isoler les facteurs environnementaux des autres causes de migrations. Un autre obstacle important réside dans la confusion entre les migrations forcées et les migrations volontaires. Les migrations environnementales sont-elles une forme de déplacement forcé en soi ? Peuvent-elles prendre la forme de réinstallation volontaire ? Que penser des plans de réinstallation gouvernementaux en anticipation, ou à la suite d’un bouleversement environnemental ? La distinction entre forcée et volontaire est-elle pertinente ? Ces questions ont un impact sur les typologies des migrations environnementales et il n’est pas facile de les contourner. » (Dun, Gemenne 2008 :10).

L’importance d’une définition claire et unanimement reconnue sera donc cruciale tant pour la comptabilisation des migrants que pour la recherche de solutions politiques ou de protections juridiques pour les « réfugiés environnementaux », d’autant que depuis une quinzaine d’années, on assiste à une multiplication d’actions en tous genres (Appels, Déclarations, Rapports, Recommandations, etc.) militant pour une reconnaissance et une protection des réfugiés environnementaux. Quelle est la situation à l’heure actuelle ?

IV 4 1 Un droit international inadapté

Les migrants climatiques ne sont reconnus dans aucun traité international contraignant, il n’y a pas d’organisme international chargé de les repérer, ni même de les compter. Au lieu de cela, la réponse à des phénomènes météorologiques extrêmes est d’apporter une aide humanitaire et d’investir dans les systèmes d’alerte précoce…
L’absence d’une définition juridique signifie que, sauf si les personnes sont déplacées lors d’événements météorologiques extrêmes, leur déplacement ne déclenchera pas l’accès aux aides financières, à l’aide alimentaire, aux outils, abris, écoles ou cliniques…

En conséquence, le système international n’a pas la capacité structurelle de « traiter » des migrants environnementaux.

Inadaptation de la Convention de Genève
Selon la définition de l’article 1er A de la Convention de Genève, le réfugié est celui qui craint « avec raison d’être persécuté du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un groupe social ou de ses opinions politiques (…) ». Il n’y existe aucune référence directe aux victimes de catastrophes ou dégradations environnementales. Même le critère d’« appartenance à un groupe social » semble difficilement applicable. Le statut de réfugié conventionnel n’a été reconnu que très exceptionnellement pour des motifs quasi exclusivement environnementaux.
Le caractère individuel de la reconnaissance du statut de réfugié écarte les menaces générales de persécutions, seule la crainte de persécutions personnelles peut être retenue. Les « violences » dues aux catastrophes écologiques ne relèvent donc pas de la Convention de Genève.
Le droit international, dans son état actuel, ne semble pas en mesure de proposer une protection ou un statut aux réfugiés environnementaux véritablement contraignant et donc efficace. « Les limites du droit international des réfugiés ainsi que celles du droit international humanitaire moderne basé sur le respect de la souveraineté des États et sur le principe de non-ingérence et du droit international de l’environnement ne permettent pas encore d’envisager une protection ambitieuse. » (Cournil 2008 :).

IV 4 2 Une situation bloquée

Trois approches sont possibles pour améliorer le sort juridique des « migrants climatiques » (Brown 2008 :36-40).
La première est une approche juridico-politique visant à élargir la définition de réfugié au sens de la loi internationale actuelle : elle est, dans le contexte économique actuel, en panne.

La deuxième est l’amélioration de l’intégration de la migration forcée dans les plans nationaux d’adaptation au changement climatique à préparer ou en cours. Exact, mais facile à dire…

La troisième est de savoir si les pays de l’OCDE sont prêts à ouvrir leurs portes aux migrants climatiques.
La principale raison de l’absence de définitions pour les migrations causées en partie par les changements environnementaux est liée à deux questions: la difficulté d’isoler les facteurs environnementaux des autres conducteurs de migration, et les implications institutionnelles et de gouvernance possibles de la définition de cette gamme de migrations liées à l’environnement. La situation des finances publiques de la plupart des pays possiblement donateurs n’est pas de nature à lever les blocages de sitôt.

CONCLUSION

Compléments ultérieurs prévus sur une page dédiée ; en attendant, ci-dessous un petit résumé de ce que nous avons appris :

Des impacts transversaux

Dans toutes les régions du monde, plus le réchauffement s’accélère, plus il risque de causer des dommages. Les changements climatiques continueront pendant des centaines d’années après la stabilisation des concentrations atmosphériques.

Des changements néfastes dans le cycle hydrologique — La hausse des températures est déjà en train de provoquer une accélération du cycle hydrologique. Si l’atmosphère se réchauffe, elle retient l’humidité, devient moins stable et entraîne une plus grande pluviométrie, en particulier sous forme de fortes précipitations. Le réchauffement accélère aussi l’évaporation. L’intensité (mais non la fréquence) des cyclones tropicaux devrait augmenter, avec des pointes de vent et des précipitations plus importantes.
Une biodiversité menacée — La faune et la flore – déjà menacées dans leur diversité par la destruction des habitats et autres stress anthropiques – vont devoir relever d’autres défis dus aux changements climatiques. Beaucoup d’écosystèmes réagissent déjà en avançant vers les pôles ou sur les flancs des montagnes. Menaces sur les systèmes agricoles.
Une montée du niveau de la mer — L’estimation la plus fiable de l’élévation du niveau de la mer d’ici la fin du XXIème siècle, suite à l’augmentation du volume des océans et à la fonte des glaciers, est de 28 à 58 cm par rapport aux niveaux de 1989-1999. Les inondations et l’érosion côtières s’en trouveront aggravées : attention aux populations littorales
Une augmentation des risques sanitaires — Les changements climatiques vont modifier de plus en plus fréquemment la distribution des moustiques responsables du paludisme et d’autres vecteurs de maladies infectieuses, bouleverser la distribution saisonnière de certains pollens allergènes et accroître le risque de vagues de chaleur.
Les plus vulnérables sont les plus touchés — Ce sont les communautés les plus pauvres qui seront le plus exposées aux impacts des changements climatiques, car elles disposent de moins de ressources pour investir dans la prévention et l’atténuation de leurs effets. Certaines des populations les plus à risque sont les paysans pratiquant l’agriculture de subsistance, les populations autochtones et celles qui vivent le long des côtes : des migrations climatiques ?

Des impacts territoriaux

Petits États insulaires — Ceux-ci sont particulièrement vulnérables aux changements climatiques, leur petite taille les exposant plus aux catastrophes naturelles et aux chocs extérieurs, en particulier la montée du niveau de la mer et les menaces qui pèsent sur leurs ressources en eau douce.
Afrique — Très vulnérable aux changements climatiques et à la variabilité du climat à cause d’une pauvreté endémique, de la faiblesse de ses institutions et de catastrophes et conflits complexes. L’alimentation en eau et la production agricole seront sans doute gravement compromis. A l’horizon 2080, la surface des terres arides ou semi-arides se sera sans doute accrue de 5 à 8 % en Afrique.
Asie — D’ici 2050, plus d’un milliard d’individus pourraient subir le contrecoup d’une diminution des ressources en eau douce, en particulier dans les grands bassins fluviaux. Les zones côtières, surtout dans les immenses deltas surpeuplés, seront plus exposées à des inondations marines ou, dans certains cas, aux crues des fleuves.
Europe — la saison de végétation s’allonge et des climats extrêmes – comme la catastrophique vague de chaleur de 2003 – se multiplient. Les régions au nord de l’Europe vont connaître des étés plus chauds, des précipitations plus abondantes, une extension des forêts et une productivité agricole accrue. Les régions méditerranéennes connaîtront des étés plus chauds, moins de précipitations, plus de sécheresses, un recul des forêts et une productivité agricole moindre.
Amérique latine — Les forêts tropicales de l’est de l’Amazonie et du sud et du centre du Mexique devraient céder graduellement la place à la savane. Des régions du nord-est du Brésil et la plus grande partie du nord et du centre du Mexique vont devenir plus arides tant à cause des changements climatiques que de la gestion des sols par les hommes.
Amérique du Nord — Les changements climatiques limiteront les ressources en eau déjà lourdement grevées par la demande croissante des secteurs agricole et industriel, et des villes. Au cours du XXIème siècle, la pression exercée sur les espèces pour qu’elles remontent vers le nord et des altitudes plus élevées altérera les écosystèmes nord-américains.

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