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Faim dans le monde : comment compte-t-on ?

Posté le jeudi 21 janvier dans Défis agro-alimentaires

Périodiquement nous apprenons que la proportion de personnes souffrant de la faim dans le monde diminue (et c’est tant mieux).

Le dernier chiffre en date comptabilise 816 millions de personnes, celui d’avant 850 millions.

Mais aux fait, comment le sait-on ? Se pencher sur la question est instructif.

C’est la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) qui est en charge de faire le décompte depuis la fin de la 2e guerre mondiale, parallèlement aux grands programmes (révolution verte, programme alimentaire mondial,…) destinés à combattre les famines qui menaçaient  …et le communisme qui risquait d’en découler.

Pour savoir si une population est sous-alimentée ou non, il faut savoir ce qu’elle consomme comme nourriture et comparer à ce dont elle aurait besoin : ce n’est pas si simple…

Comment procède la FAO (Silva, Cousin, Nwanze, 2015, 52-7) ?

1) Elle détermine l’offre disponible :

  • pour chaque type de produits alimentaires (riz, blé, maïs,…) l’offre disponible est égale à la production locale, plus les importations, moins les exportations, moins les pertes estimées ;
  • chaque quantité de produit est convertie en énergie alimentaire, en kilocalories ; les nutritionnistes ont en effet dressé des tables de correspondance produits / énergie alimentaire disponible ;
  • la somme des kilocalories ainsi calculées représente l’offre disponible pour la consommation. En divisant ce nombre par la population, on a le nombre moyen de calories disponibles par personne.

Bien entendu, ce nombre moyen ne veut strictement rien dire de l’accès à la nourriture qui dépend de son coût relativement au revenu disponible. Il faut se donner une estimation de la distribution effective de la nourriture : dans certaines limites, elle est très proche de la courbe de distribution des revenus, c’est-à-dire très inégalitaire…

2) elle détermine la courbe correspondante de la demande ; celle-ci est représentée par une fonction dérivée de la loi de probabilité log normale (la loi des 80/20 : par exemple, 80 % des automobilistes font 20 % des kilomètres parcourus et 20 % des automobilistes font 80 % de ces kilomètres). Son calcul repose sur

  • la consommation moyenne d’alimentaire nécessaire compte tenu des caractéristiques de la population (une population n’a pas les mêmes besoins selon la corpulence de ses membres, leur âge, la répartition par sexe, l’activité physique ; il s’agit d’une « construction statistique correspondant à l’individu moyen qui dépend de l’âge, de la répartition des sexes, de la stature et de l’activité physique » (Silva, Cousin, Nwanze, 2015, 53).
  • de coefficients de variabilité d’asymétrie de cette distribution tirés d’enquêtes ménages ou provenant d’estimations indirectes.3) elle estime le niveau des besoins énergétiques alimentaires minimums, correspondant aux besoins du métabolisme de base, c’est-à-dire les dépenses du corps humain au repos multiplié par un facteur tenant compte de l’activité physique (1,55, correspondant à un style de vie sédentaire).Cet ensemble de calculs est très technique, et assurément personne ne saurait faire mieux à l’échelle du globe. Il aboutit à une mesure qui couvre l’insuffisance chronique, pendant plus d’un an, de l’apport énergétique alimentaire.

    Or le choix de mode de vie sédentaire pousse question, puisque, comme le reconnaît elle-même la FAO, les personnes à bas revenus ont souvent des activités physiquement exigeantes. Mais la FAO justifie ce choix pour ne pas risquer d’augmenter artificiellement le nombre des sous-alimentés en prenant un niveau d’activité supérieur car les caractéristiques d’une population recouvrent des plages de valeur compatibles avec un bon état de santé et que seules les valeurs minimums de telles plages peuvent être associées à une sous-alimentation.

    Pourtant, dans l’édition 2012 de son rapport sur la situation alimentaire dans le monde, la FAO montre quel serait l’impact de la prise en compte d’une activité supérieure pour le calcul de la proportion de sous-alimentés dans une population ; le graphique ci-dessous est éloquent :

Sous_alimentation_et_inadéquation_alim_PVD

Source :  (FAO, FIDA et PMA, 2012, 62)


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Commentaires Précédents

  • Yasmina Khaznawi dit :

    L’association Adrastia, parrainée notamment par le philosophe Dominique Bourg, se permet de prendre contact avec vous aujourd’hui en accord avec sa volonté de favoriser les échanges d’informations et de compétences relatifs à la fin de la disponibilité de l’énergie et des matières premières à faible coût, ainsi qu’à la destruction de l’équilibre écologique vital. Adrastia est l’une des rares organisations actuelles à prendre en compte et compiler, avec réalisme et lucidité, les travaux scientifiques de haut niveau (Gail Tverberg, Ugo Bardi, Jean-Marc Jancovici, etc…) démontrant l’amorce d’un déclin des possibilités d’existence pour l’humain. Loin de tout fatalisme, nous cherchons à multiplier les communications à ce sujet afin d’informer le plus de monde possible, et d’encourager chacun à préserver malgré la déplétion les meilleures conditions de vie pour tous.
    Nous constatons avec bonheur, de par la renommée grandissante d’Adrastia, le nombre croissant de ses membres et sympathisants, que de plus en plus de nos concitoyens se posent des questions et demandent à en savoir plus afin d’agir mieux.
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    Cordialement,

    Le Comité Adrastia.

  • sikis izle dit :

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