Horizon 2060

Préparer aujourd'hui
le monde de demain

Dynamiques démographiques : fin de la croissance ?

I INTRODUCTION

En soixante ans, la population mondiale a considérablement augmenté : 2,5 milliards d’habitants en 1950, 6,2 milliards en 2000, 7 milliards en 2010. Selon la projection moyenne de l’Organisation des Nations unies (ONU), cette popuolation devrait s’élever à 9,6 milliards en 2050. Faut-il parler de surnombre ?


Évolution du nombre des hommes depuis 65 000 ans

Évolution du nombre des hommes depuis 65 000 ans
Depuis les années 50 nombreux ont été ceux qui redoutaient les méfaits d’une croissance « incontrôlée » de la population du monde, et des pays en développement en particulier, laissant craindre un jour une impossibilité matérielle de la nourrir.

Les prévisions démographiques récentes de l’ONU enregistrent et pronostiquent une tendance générale, sauf en Afrique, à la baisse de la fécondité, d’où une nette décélération de la croissance démographique, voire sa stabilisation. Le taux annuel moyen d’accroissement est passé du maximum historique de plus de 2 % à la fin des années 1960 (nombre de pays se trouvaient alors au milieu de leur transition démographique) à 1,2 % en 2010.

Si ce ralentissement marque probablement la fin prochaine de la croissance démographique mondiale continue, les évolutions prévisibles devraient affecter considérablement les conditions de vie des habitants de la Terre : reconfigurations géopolitiques, vieillissement, population en âge de travailler quasiment inépuisable, urbanisation galopante et explosion démesurée des bidonvilles vont en être les principales caractéristique.

II   DYNAMIQUES GLOBALES

II 1   EVOLUTIONS PASSEES

Selon le résultat de la révision 2015 des statistiques de population de l’ONU, la population mondiale a atteint 7,3 milliards à la mi 2015, ce qui signifie que le monde a ajouté approximativement 1 milliard de personnes dans l’espace des 12 dernières années. 60 % de la population globale vit en Asie (4,4 milliards), 16 % en Afrique (1,2 milliards), 10 % en Europe (738 millions), 9 % en Amérique latine et Caraïbes (634 millions), et les 5 % restants en Amérique du Nord (358 millions) et en Océanie (39 millions).

L’âge médian est de 29,6 ans. 26 % de la population mondiale à moins de 15 ans, 62 % compris entre 15 et 59 ans, 12 % 60 ans et plus.

La population mondiale continue à croître, quoique plus lentement que dans un récent passé. Il y a 10 ans, elle augmentait de 1,24 % par an. Aujourd’hui son taux de croissance est de 1,18 % par an, soit 83 millions de personnes supplémentaires chaque année.

L’espérance de vie à la naissance à augmenter de manière significative dans les pays les moins développés. Le gain moyen de 6 ans d’espérance de vie dans les pays les plus pauvres, de 56 ans en 2000–2005 à 62 ans en 2010–2015, est à peu près le double de l’augmentation enregistrée dans le reste du monde. Les écarts d’espérance de vie devraient diminuer significativement d’ici 2045–2050.

Entre 2000–2005 et 2010–2015, la mortalité infantile a décru de plus de 20 % dans 156 pays, avec de large réduction de 20 % ou plus enregistrés dans de nombreux pays.

L’évolution de la croissance démographique depuis une quarantaine d’années est due à la baisse de la mortalité, progressivement suivie par le déclin de la natalité. On est ainsi passé de 5 enfants par femme en moyenne en 1950 à 4 à la fin des années 1970, puis à 3 au milieu des années 1980, et enfin 2,5 aujourd’hui. Selon les projections du scénario médian des Nations Unies, le seuil de remplacement des générations (2,1 enfants par femme) ne sera atteint qu’à partir de 2050 (Guilmoto, Attané, Oliveau, 2012, 21).
Le graphique ci-après figure l’augmentation de population des différentes régions du monde et du monde lui-même.


Évolution de la population mondiale par grandes régions du monde entre 1950 et 2010

Évolution de la population mondiale par grandes régions du monde entre 1950 et 2010

Source: WPP2012_POP_F01_1_TOTAL_POPULATION_BOTH_SEXES-1 Calculs de l’auteur

« Une autre caractéristique de la recomposition des structures démographiques mondiales, illustrée par les cas de l’Inde et de la Chine, est une réduction relative des effectifs féminins, consécutive à la diffusion des pratiques de sélection sexuelle prénatale facilitées par le développement de l’utilisation des techniques d’imagerie médicale, jointe à la surmortalité relative observée chez les petites filles dans certains pays. Alors que la plus grande espérance de vie des femmes a, presque partout monde, entraîné une féminisation progressive des populations, les déséquilibres de sexe à la naissance et, dans une moindre mesure, la surmortalité féminine ont provoqué dans de nombreux pays d’Asie et d’Europe de l’Est un gonflement de la proportion de la population masculine. Ainsi, on estime aujourd’hui à près de 110 millions les « femmes manquantes », qui représentent l’écart entre le nombre es observé dans ces pays, et celui déduit de la proportion des sexes observée dans le monde. L’immense majorité de ces femmes auraient dû être recensées en Chine et en Inde, pays où ces déséquilibres sont les plus massifs. Leur absence explique en particulier pourquoi la population du monde compte aujourd’hui un excédent de 59 millions d’hommes alors que les femmes devraient numériquement dominer du fait de leur espérance de vie globalement plus élevée (…)  »(Guilmoto, Attané, Oliveau 2012 :43).

Le premier constat est l’accroissement impressionnant de la population mondiale, passée de 2,5 milliards d’habitants dans les années 50 à plus de 7 milliards aujourd’hui.
Le deuxième est la diminution de la part relative des pays développés dans la population mondiale.
Le troisième est le ralentissement du rythme d’augmentation de la population dans toutes les régions du monde. C’est ce que montre le graphique ci-après, centré sur les taux de croissance :


Évolution des taux de croissance de la population mondiale par grandes régions

Évolution des taux de croissance de la population mondiale par grandes régions

Source: WPP2012_INT_F01_ANNUAL_DEMOGRAPHIC_INDICATORS Calculs de l’auteur

Ainsi, les années 1980-1990 ont marqué un tournant dans l’évolution démographique mondiale, même si la force d’inertie des systèmes démographiques fait que la croissance de la population se poursuivra encore longtemps : que s’est-il passé ?

L’explication tient en deux mots : transition démographique

II 2 UNE INTERPRETATION : LA TRANSITION DÉMOGRAPHIQUE

II 2 1 Qu’est-ce que la transition démographique ?

La transition démographique décrit le passage d’un régime dit « traditionnel » caractérisé par une fécondité et une mortalité élevées à un régime démographique dit « moderne », caractérisé par une fécondité et une mortalité faibles, selon une dynamique en quatre phases :
a) une phase de quasi équilibre ancien, entre mortalité forte et une fécondité forte ;
b) une phase de recul de la mortalité et d’accélération de la croissance démographique ;
c) une phase de baisse de la fécondité et de contraction de la croissance naturelle ;
d) une dernière phase de quasi équilibre moderne entre une mortalité basse et une fécondité basse, voire de déficit permanent, par insuffisance de la fécondité, pour garantir le remplacement des générations  (Chesnais 2002 :456).


La transition démographique stylisée

La transition démographique stylisée
Source :(Melchior)( (Melchior n.d.:))

 

Les divers pays du monde en sont évidemment à des stades variables de la transition démographique. De nombreux pays occidentaux et même des nations d’Asie orientale en sont au dernier stade et l’ont même parfois dépassé puisque leur taux de fécondité ne semble plus devoir assurer, à terme, le remplacement des générations. Tous les pays du monde ont franchi le stade 2 (abaissement de la mortalité) et la quasi totalité d’entre eux est parvenue au stade 3 (baisse séculaire de la fécondité). Les exceptions restantes se localisent dans certains territoires enclavés ou peu ouverts d’Asie du Sud, du Proche-Orient et d’Afrique subsaharienne.

II 2 2 Mécanisme :

Cette transition démographique est la conséquence d’une évolution dont on peut résumer les étapes comme suit :

un passage d’une situation où, parmi l’ensemble des décès, les décès par maladies infectieuses et parasitaires (maladies transmissibles) sont prédominants à une situation où les décès par maladies de dégénérescence (maladies non transmissibles) et par blessures le sont ;
un passage d’une situation où les décès sont distribués sur tous les âges, avec une concentration aux jeunes âges, à une situation où les décès sont concentrés en fin de vie ;
un passage d’une situation où la mortalité domine le profil sanitaire de la population, à une situation où c’est la morbidité qui est l’élément dominant. Les facteurs qui participent à ce changement sont : une meilleure appréhension des signes de maladie par la population et le dépistage précoce de celles-ci, de même que le maintien en vie pour des durées de plus en plus longues des sujets atteints de troubles graves, grâce aux progrès de la médecine. »(Khlat, Le Coeur 2002 :498)

Le rythme de ces passages est évidemment différent selon les pays et il est fortement dépendant des conditions socio-économiques locales.

Au départ, en effet, la progression est lente, car tout est à faire et les premiers succès ne bénéficient encore qu’à une fraction limitée de la population, notamment urbaine. Dans un second temps, l’appareil sanitaire acquiert sa pleine capacité, les moyens simples et efficaces de lutte contre les grandes endémies se diffusent dans l’ensemble de la population et les progrès de l’espérance de vie s’accélèrent. Cependant, dès lors qu’on s’approche du niveau d’espérance de vie atteint par les pays les plus avancés, le rythme de progression ralentit, à la fois parce qu’il ne reste plus grand-chose à gagner du côté des maladies infectieuses et que, pour continuer à progresser, il faut mettre au point de nouvelles armes capables d’assurer le succès sur d’autres terrains (maladies cardio-vasculaires, cancer, maladies de société) (Khlat Le Coeur 2002 :536)(Khlat, Le Coeur 2002 :536).

II 2 3 Conséquences


schéma général de la transition démographique

Schéma général de la transition démographique
Source : (Adveev)(Adveev n.d.)

 

Les conséquences tiennent aux relations entre la croissance économique et la croissance démographique. Lorsque cette dernière s’accélère, le taux de dépendance se dégrade dans un premier temps. La croissance économique, toutes choses égales par ailleurs, est ralentie par le poids des charges qui pèsent sur les actifs, par exemple du fait du coût de l’éducation et de la santé des enfants. Dans un deuxième temps, la croissance démographique ralentit, et le taux de dépendance s’améliore plus ou moins rapidement. Cette période dite de « dividende démographique » est très favorable à la croissance économique, du fait de la diminution des charges qui pèsent sur les actifs. Enfin, dans un troisième temps, si la natalité continue à stagner ou à décliner, alors le taux de dépendance se détériore à nouveau, et la croissance est plus difficile à soutenir, du fait des charges qui pèsent sur les épaules des actifs au bénéfice des aînés.

La transition est un modèle d’évolution, un modèle général de compréhension, elle ne s’est pas effectuée partout au même moment, ni selon le même rythme, ni pour les mêmes raisons. Le phénomène a débuté à la fin du XVIII° siècle en Europe du Nord-Ouest, s’est étalé sur deux siècles et est achevé aujourd’hui dans tous les pays de l’OCDE. Ceux-ci sont donc caractérisés par un accroissement naturel faible et des générations imparfaitement renouvelées ; le recours à l’immigration permet toutefois une croissance de la population, parfois vive (Australie, Israël, Canada,…). Au contraire, dans les pays en développement, la transition a démarré tardivement, dans les années 1940/1960 (selon les continents), et se déroule à un rythme extrêmement rapide, ce qui a conduit temporairement à des croissances démographiques explosives.


Croissance démographique mondiale de 1700 à 2050

Croissance démographique mondiale de 1700 à 2050
Source : (Adveev)(Adveev n.d.)

PIB réel et population mondiale depuis 1750 (1900 = 100)


Croissances comparées du produit intérieur brut et de la population de 1750 à 2000

Taux de croissance du PIB réel et de la population par périodes de 50 ans

Lecture : Le 20e siècle a été celui de l’envol de la population mais, grâce au progrès technique, le PIB a progressé de façon encore plus dynamique. Des graphiques qui étonneraient un peu Thomas Malthus.

Ce schéma explique que le taux d’accroissement naturel, qui avait commencé à augmenter au xix siècle, a connu une accélération progressive durant le xxe siècle, atteignant des niveaux record durant les années 1970. Cette hausse a été le produit d’un mouvement profond d’amélioration des conditions de vie et de la baisse progressive de la mortalité, à la fois grâce à la lutte contre les maladies transmissibles et à l’espacement des crises de subsistance.


Évolution des taux de mortalité par région de la population mondiale

Évolution des taux de mortalité par région de la population mondiale
Source : WPP2012_INT_F01_ANNUAL_DEMOGRAPHIC_INDICATORS calculs de l’auteur

Mais le rythme d’amélioration de la santé est très inégal d’un pays à l’autre, et les développements des dernières décennies montrent de plus qu’en matière de santé, aucune victoire n’est définitive. S’il est déjà difficile de mettre au point des armes efficaces, il est encore plus délicat d’en préserver l’efficacité, du fait de la sélection de germes résistants aux traitements : c’est le problème de la lutte contre le paludisme, et de plus en plus celui de la lutte contre la tuberculose, et contre certaines maladies sexuellement transmissibles.

Plus généralement, avec la transformation des équilibres écologiques, le développement des moyens de transport, et l’accroissement du nombre de réfugiés, la population mondiale se prête de plus en plus à l’émergence et au développement de nouvelles ou d’anciennes épidémies. Par ailleurs, bien que globalement la couverture des populations par les soins de santé ait progressé, les systèmes de santé sont souvent fragiles.

Les évolutions futures de la fécondité sont difficiles à prédire, à l’image des tendances contraires observées dans différentes régions du monde comme les rebonds inattendus autour du niveau du seuil de remplacement dans certains pays riches (à l’exemple de la France dont la fécondité est remontée à 2 enfants par femme depuis 2006) ou la persistance au contraire de fécondité « ultra-basse » ailleurs (Chine).

II 2 4 Les raisons de la transition démographique

H. Le Bras fait remarquer que pour comprendre pourquoi la fécondité a baissé rapidement dans pratiquement tous les pays du monde à partir de la fin des années 1980,

« (…) il faut abandonner l’idée que les couples pauvres du tiers-monde engendraient des enfants par tradition et par habitude, sans y réfléchir, et replacer les décisions de fécondité dans un cadre rationnel. (Le Bras 2009 :82-3)

« Avant le xixe siècle en Europe et avant la fin de la Seconde Guerre mondiale dans le reste du monde, entre 50 et 60 % des enfants n’atteignaient pas l’âge de vingt ans, ce qui imposait une fécondité minimale de 4 à 5 enfants par femme pour maintenir l’effectif de la population. C’est effectivement dans cette fourchette que se situaient la plupart des descendances finales connues. Vu sous un autre angle, en moyenne, une femme de vingt ans pouvait compter sur 1 à 1,5 fille survivante à l’âge de vingt ans. La baisse de mortalité changea entièrement la situation. Dans le courant des années 1950, la mortalité au-dessous de vingt ans avait été réduite à 20 % dans les grands pays du tiers-monde, si bien que, sur 6 enfants à la naissance, 5 survivaient à vingt ans et une femme de vingt ans aurait donc 2,5 filles qui atteindraient cet âge. A l’époque où 1,2 filles succédaient à leur mère en moyenne, il fallait attendre cent trente ans pour que la population double. Avec 2,5 filles succédant à leur mère, la population doublerait désormais en vingt-deux ans et demi et, en cent trente ans, elle serait multipliée par 50 — là où 1 million de personnes étaient remplacées par 2 millions en cent trente ans, elles le seraient désormais par 50 millions ».

Pour persuader les couples de diminuer leur fécondité, il fallait que les bénéfices économiques d’une faible descendance l’emportent sur les avantages progéniture nombreuse (aide matérielle que les enfants peuvent apporter lorsqu’ils sont sortis de la prime enfance, possibilités d’ascension sociale de l’un d’entre eux, assurance retraite). (…) ce sont les femmes qui ont un rôle décisif dans la baisse de la fécondité et partout où les femmes ont vu leurs aspirations à entrer dans la sphère publique contrariées par une descendance nombreuse, elles ont tenté de limiter leur fécondité. « Cette attitude ne concerne pas seulement les pays en développement : elle explique aussi la grande différence de fécondité actuelle entre l’Europe du Nord, qui se situe autour de 1,8 enfant par femme, et l’Europe du Sud, qui est descendue à 1,3. En Europe du Nord, l’activité féminine est maintenant proche de celle des hommes (la Suède compte 92 % de femmes actives entre trente et cinquante ans) tandis qu’en Europe du Sud elles rencontrent encore beaucoup de résistances à leur entrée sur le marché du travail. Plus elles ont à surmonter d’obstacles, plus elles retardent la constitution de leur famille. Il ne s’agit pas d’un choix entre travail et famille, car elles souhaitent les deux, mais d’éviter au contraire que l’un n’empêche l’autre, en particulier que la naissance d’enfants ne bloque l’obtention d’un travail.

(…) Les deux moteurs de la baisse de la fécondité ont ainsi été l’aspiration des femmes à plus d’égalité, particulièrement dans l’accès à l’espace public, qu’il soit politique ou économique, et les espoirs d’ascension sociale de leurs enfants par l’éducation.

La baisse de la fécondité devrait se poursuivre même dans les pays qui sont maintenant au-dessous de 2 enfants en moyenne par femme, car le statut de cette dernière est encore peu reconnu dans la majorité des pays du Sud. Déjà, dans la plupart de ces pays, le nombre des naissances diminue chaque année. Dès lors, même si l’augmentation de la durée de vie favorise la croissance de la population mondiale, cette dernière devrait se stabiliser, voire décroître ».

Ses conséquences sont décrites ci-après.

III PROJECTIONS

 

III 1 LA POPULATION

La population mondiale devrait augmenter de plus de 1 milliard de personnes dans les 15 prochaines années, pour atteindre 8,5 milliards en 2030, et jusqu’à 9,7 milliards en 2050 et 11,2 milliards en 2100.

Plus de la moitié de l’augmentation globale de population d’ici 2050 devrait se produire en Afrique. Le taux de croissance de l’Afrique est de 2,55 % par an entre 2010 et 2015. Par conséquent, des 2,4 milliards de personnes qui devraient être ajoutées à la population globale entre 2015 et 2050,1,3 milliards proviendra de l’Afrique. L’Asie sera le 2e contributeur, ajoutant 900 millions de personnes, alors que l’Europe devrait voir diminuer sa population en 2050 par rapport à 2015.

La part de l’Afrique dans la population mondiale devrait monter à 25 % en 2050 et 39 % en 2100, alors que celle de l’Asie des diminuera de 54 % en 2050 à 44 % en 2100.

Les 48 pays les moins avancés (PMA) ont encore un taux de fécondité élevée (4,3 enfants par femme en 2010–2015) et un taux de croissance de la population rapide, 2,4 % par an. Leur population pourrait doubler d’ici 2050.

Globalement, le nombre de personnes de 60 ans et plus devrait plus que doubler d’ici 2050 est plus que tripler d’ici 2100, passant de 920 millions en 2015 à 2,1 milliard en 2050 et 3,2 milliards en 2100. 66 % de l’augmentation entre 2015 et 2050 se produira en Asie, 13 % en Afrique, 11 % en Amérique latine et Caraïbes.

Le nombre de personnes âgées de 80 ans et plus devrait faire plus que triplé d’ici 2050 et être multiplié par plus de 7 d’ici 2100. En 2015,28 % de toutes les personnes âgées de 80 ans et plus vivaient en Europe, mais cette proportion devrait décliner à 16 % en 2050 et 9 % en 2100 à mesure que les populations des autres continents continueront à augmenter en taille et à vieillir.

L’âge médian devrait passer de 30 à 36 ans entre 2015 et 2050 et à 42 ans en 2100.

48 pays ou zones devraient faire l’objet d’une population en déclin entre 2015 et 2050, dont 11 pays de plus de 15 % d’ici 2050.

9 pays devraient compter plus de la moitié de l’augmentation de la population mondiale projetée sur la période 2015–2050 : l’Inde, le Nigéria, le Pakistan, la république démocratique du Congo, l’Éthiopie, la Tanzanie, les États-Unis d’Amérique, l’Indonésie et l’Ouganda.

World Population Prospects: The 2015 Revision, Key Findings and Advance Tables

Évolutions par grandes régions du taux fécondité sur la période 1950 - 2100
Évolutions par grandes régions du taux fécondité sur la période 1950 – 2100

Le graphique ci-après figure les projections de population selon les différents scénarios de l’ONU.


Évolution de la population du monde 2950 à 2100 selon différentes hypothèses des taux d'évolution de la fécondité

Évolution de la population du monde 2950 à 2100 selon différentes hypothèses des taux d’évolution de la fécondité

 

Le scénario « variante haute » repose sur l’hypothèse d’un demi-enfant en moyenne supplémentaire par femme par rapport au scénario moyen, et aboutit à une population mondiale de 10,9 milliards en 2050 et 16,6 milliards en 2100. Le scénario « variante basse » repose sur l’hypothèse que les femmes ont en moyenne un demi enfant de moins que le scénario moyen, aboutissant à une population de 8,3 milliards en 2050 : une différence d’un demi enfant en moyenne en plus ou en moins par rapport au scénario moyen a comme résultat une population totale en 2050 variant de 1,3 milliards en plus ou en moins par rapport au scénario moyen (9,6 milliards d’hommes).

Nous remarquerons simplement qu’un demi enfant de plus ou de moins sur une moyenne à peine supérieure à deux (pour assurer la reproduction de la population) représente une variation totale de presque 50 % : avec un tel écart, les statisticiens de l’ONU couvrent manifestement leurs arrières…Il y a un inconvénient manifeste à cet écart des projections, c’est que tous les prospectivistes qui ont besoin des projections de population se réfugient sur le scénario médian tellement les autres paraissent irréalistes. Cela est apparent pour tous les scénarios de demande mondiale de quelque ressource ou production que ce soit, et très dommageable pour ce qui concerne l’évolution de la demande alimentaire par exemple.

Cette croyance au ralentissement de l’expansion démographique n’est pas partagée par tous. Se fondant sur de nouveaux modèles statistiques, (Gerland et al., n.d.) montrent que, contrairement à ce que pense l’ONU, le ralentissement de la croissance de la population est improbable au cours de ce siècle. Il y a en effet une probabilité de 80 % que la population mondiale, actuellement de 7,2 milliards d’habitants, augmentera entre 9,6 et 12,3 milliards en 2100, avec une incertitude beaucoup plus petite que celle des variantes traditionnelles hautes et basses. La majeure partie de cet accroissement se produira en Afrique, due en partie à une fécondité plus haute et à un ralentissement récent dans la vitesse du déclin de la fécondité. Ces projections indiquent qu’il y a une faible probabilité que la croissance de la population touche à sa fin au cours de ce siècle, à moins d’un déclin sans précédent de la fécondité dans la plupart des pays de l’Afrique subsaharienne.

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Source : (Gerland et al., n.d.)

Le graphique 1A montre qu’il y a 95 chances sur 100 que la population mondiale soit comprise entre 9 milliards et 13, 2 milliards en 2100.

Le graphique 1B montre les projections de la population totale pour chaque continent à la fin du siècle. L’Asie restera probablement le continent le plus peuplé, quoique sa population atteindra un pic vers le milieu du siècle puis déclinera ensuite. La principale raison de l’accroissement de la population mondiale dans les projections est l’augmentation de celle de l’Afrique. La population actuelle du continent d’environ 1 milliard pourrait passer à un nombre compris entre 3,1 et 5,7 milliards avec une probabilité de 95 % d’ici la fin du siècle, avec une projection médiane de 4,2 milliards. Les ¾ de la croissance anticipée sont attribuables à des niveaux de fécondité au-dessus du niveau de remplacement, le  ¼ restant à la réduction de la mortalité et de la structure d’âge d’une population jeune. Depuis 1950, la fécondité a décliné rapidement en Asie et en Amérique latine et avait commencé aussi à décliner en Afrique, de sorte que les démographes avaient projeté que le taux de fécondité devait décliner en Afrique à un taux semblable à celui observé en Asie et Amérique latine. Cependant, même si la fécondité a diminué durant les dernières décennies, elle l’a fait à un taux d’environ ¼ inférieur.

C’est ainsi qu’il y a une probabilité de 90 % que la population du Nigéria dépasse en 2100 les 532 millions d’habitants, soit une multiplication par 3 par rapport à son niveau actuel (et il se pourrait qu’elle atteigne 900 millions d’habitants…).

Ces résultats ont une importante implication politique. Une croissance rapide de la population dans des pays à taux de fécondité élevée peut créer une série de défis : environnementaux (dépression des ressources naturelles, pollution), économiques (chômage, bas salaires, pauvreté), de santé (mortalité maternelle et infantile élevée), gouvernementaux (manque d’investissement dans la santé d’éducation et les infrastructures), et sociaux (inégalité croissante).

Les implications de sont pas toutes négatives pourtant. Un rapide déclin de la fécondité permet d’envisager un dividende démographique potentiel allongé dans les pays qui ont actuellement une haute fécondité telle que le Nigéria. Les pays en développement avec des populations jeunes mais une fécondité plus basse (Chine, Brésil et Inde) vont probablement devoir faire face aux problèmes des sociétés vieillissantes avant la fin du siècle et seraient bien avisés d’investir les bénéfices de leur dividende démographique des décennies à venir dans la perspective d’une croissance des futurs seniors (sécurité sociale, pension et fonds de santé pour seniors).

Quoi qu’il en soit, examinons maintenant les évolutions structurantes de ces tendances lourdes : l’importante croissance démographique des soixante dernières années s’est en effet accompagnée d’une recomposition des populations en termes notamment de structures par âge, par des redistributions spatiales au sein des pays, par un vieillissement généralisé.

III 2 L’ÉVOLUTION DES STRUCTURES D’ÂGES

Un autre bouleversement associé à la transition démographique s’observe dans la composition par âge des populations. Le déclin graduel de la fécondité va progressivement réduire les volumes annuels de naissances, provoquant un rétrécissement de la base de la pyramide des âges.

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Évolution de la population de moins de 15 ans par grandes régions du monde
WPP2012_POP_F11_A_TOTAL_DEPENDENCY_RATIO_1564 Calculs de l’auteur

La part des moins de 15 ans va déclinant, passant de près de 45 % en situation de forte fécondité à moins de 20 % une fois la natalité tombée à son niveau plancher. De même, l’âge médian a déjà dépassé 40 ans en Allemagne ou au Japon et s’approche de 35 ans en Chine et de 30 ans au Brésil. En Inde, il n’est encore que de 25 ans, et il n’a pas encore atteint 20 ans au Nigeria ou au Congo. Dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, cet âge médian n’atteindra les 30 ans que vers 2080, alors que la moitié de la population des pays d’Europe et d’Asie, où la fécondité est déjà basse, aura plus de 50 ans en milieu de siècle.

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Évolution de l’âge médian par continents
WPP2012_POP_F11_A_TOTAL_DEPENDENCY_RATIO_1564 Calculs de l’auteur

Dans ces conditions, quelle peut être l’évolution du rapport de dépendance (part relative des populations d’âge actif et des populations dites dépendantes, c’est-à-dire celles des jeunes et des personnes âgées) ? Il est clair en effet que plus la part des populations d’âge actif est importante relativement à celle des populations dépendantes, plus la charge que représentent ces dernières est faible. De ce point de vue, la Chine, l’Europe et, dans une moindre mesure, les États-Unis ont eu un avantage comparatif découlant de leur fécondité modérée depuis soixante ans, et ce en dépit du sursaut des naissances consécutif à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La part de la population dépendante n’a en effet jamais dépassé les 90 % de la population d’âge actif et elle a atteint son minimum historique : 60 %.

Le rapport de dépendance avait commencé par croître pour atteindre le niveau très défavorable de 120 % dans les années 1970. En cinquante ans, la baisse de la fécondité a provoqué une réduction près de moitié de ce rapport. La baisse est encore plus marquée à échelle de certains pays comme la Chine, qui a dépassé l’Europe à un niveau plancher de dépendance. Un changement abrupt est également lisible sur la courbe des pays d’Amérique latine et de la Caraïbe. Le continent africain occupe une place à part : le rapport de dépendance y a atteint un palier record dans les années 1990, avec un nombre de dépendants de 140 % supérieur à celui des actifs. La baisse de ce rapport s’est toutefois amorcée depuis, mais à une cadence très lente. Elle devrait s’étirer sur près d’un siècle avant qu’il ne parvienne à son niveau minimal après 2070-75.

 

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rapport_dependance_pays

Évolution du rapport de dépendance par grandes régions du monde
Source : WPP2012_POP_F11_A_TOTAL_DEPENDENCY_RATIO_1564 Calculs de l’auteur

Le renversement du rapport de dépendance observé en Asie et en Amérique latine a libéré des ressources considérables auparavant obérées par le volume de la population des plus jeunes. Ces nouvelles ressources se sont orientées principalement vers l’épargne et le secteur productif, les investissements éducatifs et sanitaires pour les enfants et l’emploi féminin. Ces formes d’investissement ont eu à leur tour un effet bénéfique sur l’économie globale et le capital humain des futures générations adultes. Ce cercle réputé vertueux, produit de la recomposition démographique et qualifié de « bonus démographique », est tenu pour responsable d’un tiers du décollage économique en Asie orientale à partir de 1965.

Les pronostics futurs quant à l’évolution du rapport de dépendance sont moins aléatoires que d’autres projections démographiques, car il s’agit de profonds mouvements structurels peu sensibles aux fluctuations de court terme. En Europe, ils sont dominés par un vieillissement rapide, qui entraîne une dégradation progressive du rapport de dépendance, mais on a vu plus haut que le vieillissement ne devrait pas s’apprécier d’un point de vue seulement quantitatif. Les autres continents engagés dans la transition suivent la même évolution ; c’est le cas de la Chine qui va connaître à partir de 2025 un vieillissement accéléré, pour atteindre un niveau proche de celui de l’Europe.

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Évolution de l’espérance de vie de la population par grandes régions du monde
Source : WPP2012_INT_F01_ANNUAL_DEMOGRAPHIC_INDICATORS Calculs de l’auteur

IV PERSPECTIVES GÉOPOLITIQUES

IV 1 LES TENDANCES RÉGIONALES

Le graphique ci-après fondé sur le scénario médian fait ressortir les évolutions suivantes :
-poursuite de la croissance de la population globale, mais à un rythme ralenti ;
-poursuite à un rythme élevé de la croissance de la population africaine ;
-ralentissement aboutissant même à un infléchissement de la population du continent asiatique ;
-stabilité de la population de l’Europe (elle représentait 22 % de la population mondiale en 1950, mais seulement 11 % en 2010, et cette proportion pourrait tomber à 7 % en 2100) et de l’Amérique du Nord dont la part relative continue évidemment à diminuer.proj_pop_glob

Projections de population d’ici 2100 selon le scénario médian
Source : WPP2012_INT_F01_ANNUAL_DEMOGRAPHIC_INDICATORS calculs de l’auteur

L’Asie et l’Amérique latine partagent le même profil de transition, et les deux régions devraient atteindre leur pic démographique au milieu du siècle. À l’instar de l’Europe, une diminution de la fécondité vers des valeurs très inférieures au seuil de remplacement des générations pourra entraîner, dans ces deux continents, une réduction de la population d’environ 10 % au cours des dernières décennies du xxie siècle. L’accroissement naturel, qui deviendrait négatif à partir de 2060, pourrait alors y être le plus faible au monde (Guilmoto, Attané, Oliveau, 2012, 25).

proj_pop_bric

Projections de population des BRICS plus Japon
Source : WPP2012_INT_F01_ANNUAL_DEMOGRAPHIC_INDICATORS calculs de l’auteur

En Asie toutefois, la démographie indienne évolue à une cadence moins accidentée. La fécondité n’a atteint jusqu’à présent le seuil de remplacement des générations que dans moins de la moitié du pays et sa population totale ne plafonnera pas avant 2060.

Le Japon a un profil très « européen », puisqu’il est déjà, avec une croissance négative de sa population depuis 2010, en phase de récession démographique. La Chine se détache également par la relative brutalité de son régime démographique qui, après la famine meurtrière (1958-1961) consécutive au Grand Bond En Avant, a connu une baisse spectaculaire de sa fécondité. Passée sous le seuil de remplacement des générations dès la fin du xxe siècle, elle verra sa population stagner, puis décroître à partir de 2025 environ.

L’Afrique, poursuivant sa phase de croissance exceptionnelle, serait en position de rattraper le continent asiatique à la fin du siècle ou au début du suivant. Ainsi, alors qu’en 1950 elle enregistrait une population inférieure de plus de moitié à la population européenne, soit alors 9 % de la population du globe, elle a passé les 15 % en 2010, et devrait représenter près du quart en 2050 puis plus du tiers en 2100 ; l’Afrique sera alors créditée de cinq fois plus d’habitants que l’Europe (Guilmoto, Attané, Oliveau, 2012, 29).

IV 2 INCERTITUDES SUR LES MIGRATIONS FUTURES

Un peu plus de 200 millions de personnes résident de façon permanente dans un autre pays que celui où elles sont nées — un chiffre qui n’inclut ni les réfugiés ni les déplacés.
Contrairement aux idées reçues, les migrations sont régulières, permanentes et très majoritairement légales : les migrations clandestines sont statistiquement négligeables, même si elles occupent un espace médiatique considérable.
La polarisation ancienne entre pays d’émigration et pays d’immigration a perdu de sa pertinence. Les migrations sont de plus en plus circulaires : le Maroc, par exemple, est un pays d’émigration vers l’Europe et l’Amérique du Nord, un pays de transit pour des ressortissants de l’Afrique subsaharienne rejoignant l’Europe, et un pays d’immigration pour des ressortissants de l’Afrique subsaharienne qui y ont arrêté — sans l’avoir nécessairement prévu — leur cheminement migratoire. De même, l’Espagne est un pays d’émigration, en particulier vers les pays du Nord ou l’Amérique latine, un pays de transit pour des Africains se rendant en France et un pays d’immigration à partir du Maroc, de la Roumanie ou de l’Amérique andine. Au-delà de l’image cartographique que pourrait donner le solde migratoire (qui masque l’intensité des flux d’immigration et d’émigration) par pays, il apparaît aujourd’hui que la plupart des Etats assurent les trois fonctions à la fois.

Soldes migratoires 2005-2010 par régions du monde

Soldes migratoires 2005-2010 par régions du monde
Source : WPP2012_MIGR_F02_NET_NUMBER_OF_MIGRANTS Calculs de l’auteur

En évolution, le cumul décennal des mouvements de population entre sous-régions, estimé à 10 millions de personnes en 1950, croît très lentement jusque dans les années 1980, du fait notamment du gel des échanges démographiques durant la guerre froide. Au cours des deux décennies suivantes, le volume des échanges interrégionaux a par contre augmenté de plus de 50 % pour dépasser les 42 millions de personnes entre 1990 et 2000.
C’est l’Amérique du Nord qui a capté la part la plus importante des migrations internationales, puisqu’elle cumule plus de 50 millions d’arrivées en 60 ans. Ces migrants sont principalement originaires de différentes parties d’Europe, ainsi que du Mexique et de la Caraïbe. Toutefois, l’aire d’attraction nord-américaine s’étend progressivement au reste du monde, notamment à l’Asie orientale et à l’Asie (Guilmoto, Attané, Oliveau, 2012, 34-5).
Durant la même période, l’Europe de l’Ouest a accueilli quant à elle 20 millions de migrants, et dépassant l’Amérique du Nord durant les années 1960. Jusque dans les années 1990, il s’est agi principalement de migrants originaires d’autres pays d’Europe ou de régions limitrophes.

 

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Évolutions différenciées des soldes migratoires par régions du monde de 1950 à 2010
Source : WPP2012_MIGR_F02_NET_NUMBER_OF_MIGRANTS Calculs de l’auteur

Vus des pays de départ, c’est le continent asiatique qui a progressivement émergé comme le plus grand pourvoyeur de migrants, notamment après l’assouplissement du régime migratoire en Chine et en Inde à partir des années 1980. A l’heure actuelle, ces deux pays commandent les flux d’émigration les plus importants du monde. L’activité migratoire est également intense à l’intérieur de l’Asie en raison du rapide développement de sous-régions métropolitaines du continent.
L’Amérique du Sud et l’Afrique ont très faiblement contribué aux migrations internationales d’après-guerre. Cette situation a évolué dans les années 1980, par la mise en place rapide de courants issus de ces deux régions vers l’Europe du Sud, et vers de nouveaux pôles de croissance économique régionaux comme le Brésil, l’Afrique du Sud ou les pays Golfe persique.

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Évolution de la population âgée de 15 à 49 ans
Source : WPP2012_INT_F01_ANNUAL_DEMOGRAPHIC_INDICATORS Calculs de l’auteur

 

IV 3 UNE POPULATION ACTIVE QUI EXPLOSE

Du fait des effets combinés de la transition démographique dans les pays du Sud et du baby-boom occidental, la part des 15-64 ans dans la population mondiale atteint en ce début de XXIe siècle son pic historique : la population active représente maintenant plus de 65% % de l’humanité.

 

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Évolution de la population âgée de 15 à 49 ans
Source : WPP2012_INT_F01_ANNUAL_DEMOGRAPHIC_INDICATORS Calculs de l’auteur

D’ici 2050, les pays du Sud injecteront quelque 1,2 milliards d’actifs supplémentaires sur le marché international du travail. Or on sait ce qui s’est passé les 25-30 dernières années avec la course à la libéralisation.

« À mesure que le capitalisme s’est étendu hors des frontières de l’espace commercial triangulaire Europe-Amérique-Japon, le marché du travail s’est lui-même internationalisé. (…) la possibilité pour les producteurs de localiser leur activité au gré de l’évolution des prix des facteurs permit la constitution d’un vaste marché international du travail.

L’arrivée de la Chine, de l’Inde et des ex-républiques soviétiques dans le système commercial international au cours des années 1990 précipite l’entrée dans le monde de l’abondance de travail. Durant la guerre froide, barrières tarifaires, contraintes de change et limites à la liberté de mouvement isolaient leur force de travail du vaste marché international en cours de constitution. (…) En quelques années, les barrières tombent une à une, avec pour point d’orgue la conférence de Doha de novembre 2001 qui entérine l’entrée de la Chine comme 143e membre de l’OMC. (…)

Mis bout à bout, les phénomènes de croissance démographique et de la mise en marché du tiers-monde, puis des anciens pays communistes ont provoqué (…) la multiplication par deux de la population active sur le marché international du travail en une seule décennie. D’environ un milliard trois cent mille actifs à la fin des années 1980, l’humanité a dépassé les trois milliards d’actifs dans les années 2000. La population active a depuis continué sa folle progression, pour atteindre près de trois milliards et demi de travailleurs.

 C’est pourquoi dans les années 1990, il ne faisait pas bon produire ce que la vaste machine productive chinoise ou indienne était capable de produire au quart du prix. (Severino, Ray, 2011, 90)

Le monde s’achemine donc encore vers plusieurs décennies d’absorption de la force de travail des économies émergentes, et donc de tensions sociales. Si les personnes les moins qualifiées, et donc les plus dépourvues de capacités, ont été les premières victimes du « grand doublement », la massification de l’éducation supérieure dans les pays à revenus intermédiaires ouvre le front de la concurrence sur les emplois qualifiés – comme en témoigne le succès du modèle d’exportation de services. Les grands pays émergents talonnent de plus en plus les pays industrialisés en termes d’investissements dans la connaissance et dans l’enseignement supérieur. La proportion des chercheurs dans le monde en développement est ainsi passée de 30 % en 2002 à 38 % en 2007, une croissance pour les deux tiers attribuable à la Chine – qui comptera bientôt plus de chercheurs en nombre que les États-Unis ou l’Union européenne. L’Inde verse quant à elle chaque année sur le marché international du travail une quantité astronomique d’ingénieurs informaticiens.
(…) La situation démographique dans laquelle l’humanité se trouve mine le rapport de forces, et entame la capacité de revendication qui a permis les grands progrès sociaux de la première moitié du XXe siècle. Dans les débats intellectuels comme dans les discours politiques, la question du surnombre fait son retour. (…) Comme au XIXe siècle dans certaines régions industrielles britanniques, allemandes ou américaines, la valeur brute de l’homme avoisine aujourd’hui zéro dans certaines parties de la planète (Severino, Ray, 2011, 94-5)
.

Cette vision des choses, tout à fait éclairante pour la période passée, semble faire peu de cas du développement possible des pays émergents d’une part, des pays en voie de développement d’autre part. Mais épiloguer sur les tensions du marché du travail à 30 ou 40 ans est un exercice des plus délicats auquel nous ne nous livrerons pas…

V   LA QUESTION DU VIEILLISSEMENT

V 1 LE VIEILLISSEMENT SELON LES CATÉGORIES USUELLES

« L’âge qui marque à la fois la fin de la période adulte et le moment de l’entrée dans la vieillesse varie assez fortement jusqu’au début du XVIIIe siècle. Puis au XVIIIe siècle, l’âge de 60 ans est très fréquemment cité comme celui de la vieillesse, sans que l’on puisse mentionner toutes les causes d’un tel succès » (Bourdelais, 1997, 84).

Classiquement, le vieillissement, qui marquera de toute façon le XXIè siècle, est souvent mesuré par l’augmentation de la proportion de personnes âgées de 65 ans (ou d’un âge donné) et plus (5,2 % en 1950, 7,6 % en 2010 et 16,2 % en 2050 selon les prévisions de l’ONU), et/ou par l’évolution de l’âge médian (24 ans en 1950, 29 ans en 2010 et environ 38 ans en 2050).

Il affecte différemment les pays selon leur structure démographique, « car ce ne sont pas les vieux qui sont « responsables » du vieillissement démographique (si tant est qu’il y ait un sens à chercher des responsables), mais plutôt les jeunes puisque la raison principale pour laquelle le vieillissement démographique s’est installé historiquement dans les pays européens est la chute de la fécondité (et de la natalité) et non le recul de la mortalité (Loriaux, 2002, 556)
En effet, quand le nombre des naissances diminue de façon durable, le groupe des jeunes voit ses effectifs fondre et celui des vieux s’en trouve automatiquement augmenté proportionnellement sans même qu’il soit nécessairement modifié en nombre absolu. Pour que le vieillissement démographique s’installe, « il n’est donc pas nécessaire que l’effectif de la population âgée augmente », et il pourrait même « diminuer si la diminution des effectifs des autres groupes d’âges est encore plus marquée ».

L’idée que le monde entier est entré dans un processus de vieillissement ne doit pas masquer le fait qu’il présente des caractéristiques très différentes au Nord et au Sud.

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Répartition par âge de la population mondiale par groupes de pays en 1970, 2010, 2050
source : (Department of Economic and Social Aff airs • Population Division, United Nations Environment Programme, 2012, 2)

Dans les pays « vieux » du Nord, la baisse de la fécondité minore les effectifs des jeunes ; ses effets sont particulièrement importants dans les pays dont la fécondité est depuis plusieurs décennies en dessous du seuil de remplacement des générations (soit en moyenne 2,1 enfants par femme). Dans leur cas, seule une relance considérable de la fécondité (et pas trop tardive, car le nombre de femmes en âge de procréer diminue sensiblement) ou des apports migratoires de populations jeunes et fécondes pourraient permettre d’atteindre le seuil de simple remplacement des générations.

Dans les pays du Sud, les proportions de personnes âgées de 65 ans et plus y sont dans leur ensemble inférieures à 5 % ; mais sur les 420 millions d’individus de plus de 65 ans actuellement recensés à travers le monde, près de 60% sont concentrés dans les pays en développement et cette proportion pourrait s’élever à 80 % d’ici 2050, moment où l’on comptera environ 1,5 milliard de personnes âgées et où la catégorie d’âge aura été multipliée en l’espace d’un siècle, de 1950 (130 millions) à 2050 (1,5 milliards) par un facteur 11 (contre « seulement » un facteur 3 actuellement de 1950 à 2000 (420 millions) et ce nombre pourrait dépasser 2,3 milliards en 2100.

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Évolution par continents du nombre de personnes âgées de plus de 65 ans
WPP2012_POP_F11_A_TOTAL_DEPENDENCY_RATIO_1564 Calculs de l’auteur

L’accroissement régulier du groupe des personnes âgées, aussi bien en chiffres absolus que par rapport à la population d’âge actif, aura des répercussions directes sur les relations au sein des familles, sur l’équité entre les générations, sur les modes de vie et sur la solidarité familiale qui constituent le fondement de toute société. Au plan économique, il aura des incidences sur la croissance économique, l’épargne, l’investissement et la consommation, le marché du travail, les retraites, la fiscalité, les transferts intergénérationnels de richesse, de biens et de soins. Le vieillissement de la population ne sera pas non plus sans incidence sur la santé et les soins médicaux, la composition des familles, les conditions de vie, le logement et les migrations. Les analyses et les représentations que l’on se fait du vieillissement ont donc une importance considérable dans nos sociétés.

V 2 EFFETS MACRO-ÉCONOMIQUES

« La prégnance de la catégorie statistique des « plus de 60 ans, vieillards », utilisée continûment depuis le XVIIIe siècle jusqu’à la seconde guerre mondiale, a peu à peu défini une catégorie et conduit à une telle acceptation de l’immuabilité du seuil de la vieillesse que les analyses sociales, la politique de la vieillesse et les perspectives démographiques s’en trouvent profondément marquées.

Cette fixité des catégories, et des raisonnements qui leur sont appliqués, se retrouvent de façon caricaturale dans la présentation des calculs de perspectives démographiques. Ainsi, dans l’hypothèse d’une fécondité qui se maintient à 1,8 enfants par femme, le pourcentage des sexagénaires passe de 18,1 % en 1985 à 20,6 % en 2005, puis s’élève jusqu’à 29,9 % en 2040. Une telle présentation conduit immanquablement à la mise en évidence des difficultés qui découleront d’un effectif toujours croissant de personnes de plus de 60, 65 ou 75 ans. Implicitement, il est donc admis qu’un septuagénaire de 2040 et comparables à celui des années 1980, qu’il s’agisse de sa capacité d’action, de sa place dans la production des richesses, de son rôle social ou de son état de santé, de sa fraîcheur. (Ibid., p. 409-10) »

Cette représentation de la vieillesse a toute son importance pour l’analyse des systèmes de retraite.

V 2 1 Les retraites en France

L’équilibre financier du système de retraite dépend de 3 facteurs :

  • le rapport nombre de cotisants/nombre de retraités
  • le taux de prélèvement global
  • le rapport pension moyenne/revenus d’activité moyen.

Chacun de ces rapports dépend naturellement de la conjoncture économique du moment où il est calculé.

Selon le scénario économique, le système de retraite français pourrait dégager des excédents à partir du milieu des années 2020, ou rester de manière persistante en besoin de financement :

Scénarios du conseil d’orientation des retraites :

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Source : ("Présentation - Conseil d'orientation des retraites", n.d.)

V 2 2 L’économie générationnelle

P13 La structure par âge de la population influence l’économie parce que le comportement économique des individus varie systématiquement au fil de leur vie. La fréquentation scolaire, la procréation, la participation à la population active ainsi que la productivité, l’épargne et la consommation varient en fonction de l’âge. Dès lors, la transition de la structure par âge de la population influence la population en âge scolaire, active ou retraitée.

       La théorie

Pour bien comprendre les répercussions de la structure par âge de la population, il est nécessaire d’aller au-delà de la composition de la population. En effet, les variations de la proportion et du comportement d’un groupe d’âge influencent la situation financière et le comportement d’autres groupes d’âge. Certains de ces effets sont attribuables au marché. Une croissance accélérée du nombre de personnes atteignant l’âge de travailler peut produire une baisse générale des salaires. Une augmentation du nombre de personnes âgées susceptibles de détenir des actifs peut faire baisser les taux d’intérêt.

Cependant, bien des interdépendances entre les groupes et les générations ne relèvent pas du marché. Une part considérable des ressources économiques circulent d’une génération à une autre en marge du marché. Dans les familles, les ressources passent des parents aux enfants qu’ils ont à leur charge et des enfants, une fois adultes, à leurs parents âgés. Les gouvernements imposent les adultes en âge actif afin de scolariser les enfants, assurer les retraites des personnes âgées et les soins de santé pour l’ensemble de la population et notamment le troisième âge. La structure par âge influence la taille des groupes qui donnent et reçoivent ces flux de ressources, dès lors, les mutations de la structure par âge sont susceptibles d’ébranler ces structures économiques.

Quatre activités économiques sont au cœur de l’économie générationnelle: le travail, la consommation, le partage et l’épargne. Le travail et son produit varient au fil de la vie des individus pour des raisons biologiques, culturelles, institutionnelles et en fonction du désir ou du besoin de consommer. Ces variations sont à l’origine d’un cycle de vie économique dont les périodes du début et de la fin de la vie, où les gens consomment plus qu’ils ne produisent, sont étendues. Ces périodes sont, dans une certaine mesure, équilibrées par l’âge actif, où les gens produisent plus qu’ils ne consomment.

Le problème du cycle de vie est quantifié en comparant la production et la consommation à chaque âge.

Pour maintenir son niveau de vie, la population active doit mobiliser suffisamment de ressources pour exercer trois responsabilités capitales. La première est de pourvoir à ses propres besoins matériels, la deuxième est de financer les transferts publics et privés aux enfants et aux personnes âgées et la troisième est d’épargner suffisamment de ressources pour financer ses propres besoins à l’âge de la retraite. (Mason, Lee, 2012, 18)

Les répercussions de l’évolution de la structure par âge de la population dépendent de la conjoncture du cycle de vie économique, car les âges auxquels les gens sont productifs et les âges auxquels ils consomment plus varient d’un environnement à l’autre.

Les profils de revenus par âge sont déterminés à partir de données d’enquêtes réalisées auprès des ménages. Le profil par âge pour les salaires est obtenu en calculant pour chaque âge le salaire moyen pour l’ensemble des enquêtés de cet âge, les salaires des non‐salariés étant fixés à zéro. Une méthodologie similaire est appliquée pour les cotisations patronales et pour les revenus des indépendants.

L’estimation des profils par âge diffère pour la consommation selon que celle‐ci soit privée ou bien publique. Dans le premier cas l’affectation de la consommation aux différents âges se fait sur la base de données d’enquêtes menées auprès d’un échantillon de ménages. Trois postes de consommation privée sont alors distingués: l’éducation, la santé, et les autres dépenses de consommation.

De façon symétrique, la consommation publique est décomposée en trois postes, avec les dépenses liées à l’éducation, celles liées à la santé et enfin les autres dépenses. Pour l’éducation, le profil par âge est obtenu à partir de données sur les dépenses éducatives par niveau scolaire et sur le nombre de jeunes de chaque âge en fonction du niveau d’éducation.

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Source :

Le rapport de soutien économique (RS) –c’est-à-dire, le rapport entre le nombre de producteurs et le nombre de consommateurs– est une mesure sommaire de la structure par âge de la population qui intègre la variation de la production et de la consommation en fonction de l’âge.

Le rapport de soutien économique peut faire l’objet d’une interprétation intuitive en ce sens qu’il mesure les effets des changements de la structure par âge de la population sur la consommation tout en tenant compte d’autres facteurs – l’effort de travail, les taux d’intérêt, les actifs, l’épargne et les transferts nets du reste du monde.

« Pour calculer le rapport de soutien, nous maintenons constants les profils d’âge de consommation et de revenus du travail à leur niveau de base, et les multiplions par la distribution de population par âge des années correspondantes. Sommant ces produits nous trouvons un nombre hypothétique travailleurs pour l’année donnée et un nombre hypothétique de consommateurs. Le rapport du nombre hypothétique de travailleurs au nombre hypothétique de consommateurs est le rapport de soutien. Un rapport soutien plus élevé signifie que la distribution de la population par âge favorise le travail plus que la consommation, relâchant la contrainte sociale budgétaire, tandis qu’un rapport de soutien plus bas signifie que les changements dans la population ont augmenté la consommation relative du travail, renforçant la contrainte budgétaire. Ces rapports de soutien sont calculés en vue d’isoler l’effet démographique pur sur la macroéconomie, non pour faire des projections économiques ». (Lee, 2014)

       Quelques enseignements

Au cours des quatre dernières décennies, les changements de la structure par âge de la population ont été dans l’ensemble bénéfiques. Dans de nombreux pays, la chute du taux de fécondité a entraîné une diminution de la part de la population infantile et une augmentation de la part de la population active. Cette évolution favorable de la structure par âge s’est répercutée dans de nombreux domaines économiques. Ces mutations ont favorisé les finances publiques, parce que les ressources des contribuables ont augmenté par rapport aux besoins des bénéficiaires. Les programmes publics se sont développés dans des conditions favorables.

Pour près de la moitié des pays du monde, l’évolution de la structure par âge de la population a continué d’être bénéfique pendant la première décennie du XXIe siècle. Cette phase de la transition démographique touchera bientôt à sa fin en Indonésie, au Brésil, au Mexique, au Chili et dans d’autres pays latino-américains. En Inde, aux Philippines et dans les pays d’Afrique, les tendances de la structure par âge de la population resteront favorables pendant plusieurs décennies.

Pour près de la moitié du monde – les États-Unis et les pays d’Europe et d’Asie de l’Est –, le rapport de soutien économique a déjà culminé et commence à décliner à mesure que la part de la population active diminue et que la part de la population âgée augmente (Mason, Lee, 2012, 31).

La situation diffère de pays à pays, mais même les pays qui sont encore jeunes doivent opérer dans un contexte de population globale vieillissante. Le taux de dépendance global moyen devrait doubler entre 2010 et 2050. En pondérant les poids de population par leur PIB par tête, le taux moyen de dépendance est encore plus haut, et sera près du double dès 2050. Les profils de consommation et de revenu font que le vieillissement de la population est plus coûteux dans les pays riches que dans les pays en développement. D’une part les plus âgés des pays riches consomment plus que les adultes, d’autre part ces derniers travaillent moins longtemps. Le résultat est un déficit du cycle de vie plus grand chez les vieux dans les pays riches que dans les pays en développement.

Entre 1960 et 2007, le ratio de consommation des 80 ans et plus par rapport aux 20 ans et plus a doublé, développement extrêmement important mais peu connu.

En 1960, la consommation privée pour les autres motifs que la santé, l’éducation ou le logement décline après l’âge de 60 ans. En 1981 elle décline après l’âge de 70 ans, et en 2007 elle décline après 80 ans.

En 1984 les transferts nets des jeunes adultes aux plus âgés étaient positifs au-dessus de 60 ans, mais en 2004 les plus de 75 ans font des transferts nets en direction de leurs jeunes adultes et petits-enfants. En 1960, la consommation des plus âgés représentait 9,4 % de la consommation totale, mais elle représentait 18,9 % en 2011, le double de la part de 1960. Elle pourrait passer à 29,8 % en 2050.

Il importe de savoir comment le déficit du cycle de vie des personnes âgées est financé. S’il l’est entièrement par des transferts, publics ou privés, alors la population vieillissante impose un coût en sus à la population en âge de travailler, coût qui doit être supporté soit par l’augmentation des cotisations soit par une assistance privée accrue donnée aux personnes âgées. Si une part substantielle de ce déficit est financée par des actifs accumulés auparavant investis dans l’économie domestique, ils peuvent augmenter la productivité du travail et déprimer les taux d’intérêt. Si à la place ils sont investis dans les marchés de capitaux internationaux, alors ils n’influeront pas la productivité du travail domestique et les salaires.

Les plus âgés sont-ils dépendants ? La production dépend à la fois du capital et du travail. Larges moyens au travail apportent plus de travail moins capital à l’économie, alors que l’âge moyen de la vieillesse porte plus de capital et moins de travail. Le ratio de soutien ignore le capital et réfléchit seulement le revenu du travail dans la relation à la consommation nous pouvons construire un ratio de soutien général avec à la fois en revenu hypothétique du travail et en revenu hypothétique des actifs au numérateur à chaque cage. Il semble au total que la moyenne future adulte arrive à un âge élevé avec la même quantité d’actifs relatifs aux revenus du travail…

Conclusion

Le vieillissement est une étape inévitable de la transition démographique, et même les pays actuellement les plus âgés devront faire face à un vieillissement substantiel au milieu du siècle. Le vieillissement de la population dans les pays industriels riches interagit avec des modèles de cycle de vie de plus en plus coûteux aux âges élevés qui maintenant consomment beaucoup plus que les autres adultes, notamment du fait des coûts croissants des services de santé.

Du côté de l’offre de travail, il y a un accord largement partagé sur le fait que l’âge de la retraite devrait être augmenté. Un accroissement de l’offre de travail des femmes pourrait aussi aider à contrecarrer le déclin de la part de la population en âge de travailler relativement à la population âgée. Finalement, à travers la lentille du ratio de soutien, les coûts d’une population vieillissante peuvent être substantiels mais ne doivent pas être surestimés. Un pays qui aura une approche équilibrée du soutien de la vieillesse, reposant non seulement sur les transferts publics mais aussi sur les actifs et sur une offre de travail santé un âge plus élevé aura moins à craindre du vieillissement de la population . (Lee 2014)

L’exemple des Etats-Unis

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Source :  (Lee, 2014, 14)

Le graphique montre l’évolution du profil de consommation par âge aux États-Unis entre 1960 et 2007. On y voit l’augmentation de la consommation des plus de 60 ans.

Les données qui suivent sont tirées du (National Research Council (U.S.), 2012).

La productivité de l’économie américaine, mesurée comme le produit national net par personne employée, a cru de 1,56 % par an durant la période 1960-2010. Sur une durée identique, les projections indiquent que la part de la population en âge de travailler déclinera d’environ 24 % par an sur la période 2010– 2030, puis de 0,02 % par an sur la période 2030–2050. De sorte que si la productivité continue à croître au taux de 1,56 % par an, le produit par tête augmentera plus lentement, à un taux de seulement 1,32 % par an de 2010 à 2030, suivi par une croissance de 1,4 % de 2030 à 2050.

Ainsi le vieillissement de la population tendra à ralentir la croissance du revenu par tête d’environ 0,55 % par an sur les deux prochaines décennies relativement à la croissance passée depuis 1960.

Le rapport de soutien pondéré projeté pourrait chuter de 12 % de 2010 à 2050. Si la consommation est proportionnelle au revenu, elle devrait être 12 % plus basse en 2050 et devrait décliner de 0,33 % par an sur les 40 prochaines années. En supposant que la productivité continue à croître au même taux que dans la période précédente, même avec un rapport de soutien pondéré déclinant, la consommation devrait augmenter d’environ 1,2 % par an. En d’autres mots, il faut s’attendre à ce que les standards de vie moyen continuent à augmenter dans les prochaines décennies, mais que le vieillissement de la population rendra cette augmentation plus lente que ce qui aurait pu être attendu en son absence. Bien entendu, si les effets macro-économiques du vieillissement paraissent modestes pour l’économie prise comme tout, des sous-groupes spécifiques de la population seront beaucoup plus vulnérables. Par exemple si le poids de l’ajustement devait porter sur les programmes publics tels que la sécurité sociale ou les aides médicales, l’impact total pourrait être tout à fait substantiel pour certains sous-groupes.

 

V 3 MAIS, AU FOND, QU’EST-CE QUE LA VIEILLESSE ?

Une question importante est de savoir si l’augmentation de l’espérance de vie sera accompagnée d’un ensemble concomitant de limitations fonctionnelles et de handicaps. La réponse est encore ouverte, mais la recherche suggère que les processus de vieillissement sont modifiables et que les gens vont vivre plus longtemps sans incapacités graves. Cette constatation, ainsi que le développement technologique et médical et la redistribution du travail, seront des éléments importants pour relever les défis du vieillissement de la population.

Une question importante est de savoir si l’augmentation de l’espérance de vie sera accompagnée d’un ensemble concomitant de limitations fonctionnelles et de handicaps. La réponse est encore ouverte, mais la recherche suggère que les processus de vieillissement sont modifiables et que les gens vont vivre plus longtemps sans incapacités graves. Cette constatation, ainsi que le développement technologique et médical et la redistribution du travail, seront des éléments importants pour relever les défis du vieillissement de la population.

V 3 1 L’âge de la vieillesse n’est pas fixe

L’âge de la vieillesse est loin d’être fixe, le tableau suivant le montre avec acuité.

Proportion des Français ayant célébré leur 60e anniversaire (en %)

1750 1785 1825 1860 1900 1910 1927 1937 1947 1957 1965 1975 1985
Hommes 17 21 36 38 42 46 53 56 67 73 76 78 80
Femmes 19 23 37 40 47 54 61 68 76 84 87 89 91

Source : (Bourdelais, 1997, 218)

La fréquence a été calculée ici en faisant le rapport entre le nombre des survivants à 60 ans et l’effectif total des naissances.

Du coup, une « question intéressante serait alors de déterminer quelle augmentation de l’âge d’entrée dans la vieillesse serait nécessaire pour que la population ne vieillisse pas vraiment, que la proportion au-delà de cet âge ne s’accroisse pas ou peu. Les calculs ont été effectués à partir de la projection de la population française, en retenant l’hypothèse pessimiste de 1,8 enfants par femme et de mortalité basse, qui accroît principalement le nombre de survivants âgés et leurs proportions probables dans la population future. »

Les âges de la vieillesse qui stabilisent la proportion de « personnes âgées »

1985 2005 2040
60 plus 18,1 % 63 plus 18,4 % 71,5 plus 18,4 %
75 plus 6,3 % 77 plus 6,5 % 82 plus 6,8 %

Source : (Bourdelais, 1997, 410)

On ne peut que souscrire à la conclusion de l’auteur :

« Ce type de raisonnement présente 2 avantages. Il met d’abord en évidence la non pertinence de la plupart des commentaires qui accompagnent la publication des projections de population, en proposant une démarche inverse, qui n’oublie pas les évolutions possibles hors du champ de la démographie. Il transforme un avenir fatalité en un avenir potentialités, qui favorise le dynamisme plutôt que la résignation. Même si les progrès accomplis ne permettent pas de compenser totalement le glissement des effectifs de la pyramide des âges, le vieillissement réel ne sera pas celui que les spécialistes annoncent. L’un des objectifs médicaux et sociaux est désormais précisé : gagner des années sur la réalité physique de l’âge. »

V 3 2 Perspectives d’évolution de l’âge de la vieillesse

L’âge moyen auquel on peut estimer que les êtres humains deviennent vieux varie au cours du temps et il recule en général plus rapidement que n’augmente la proportion des personnes vivant au-delà d’un âge donné. Les causes en sont bien sûr à rechercher du côté des changements dans les conditions de vie, des progrès de la médecine et du recours accru à la prévention, tous facteurs qui contribuent à accroître l’espérance de vie tout en réduisant la durée de la phase de vieillesse proprement dite (ce qui correspond à une augmentation plus rapide de l’espérance de vie sans incapacité).

Lutz et al. ont mesuré la vitesse de vieillissement de la population pour le monde dans son ensemble et pour 13 grandes régions en prenant en compte l’accroissement de la longévité (Lutz, Sanderson, Scherbov, 2008, 1-3).
Le vieillissement n’est pas seulement le fait qu’il y ait plus de personnes âgées dans la population (définition actuelle), mais aussi celui que les gens vivent plus longtemps. Afin d’évaluer la signification de l’accroissement de l’espérance de vie sur les définitions de l’âge et de qui est âgé, ils ont cherché à quantifier de nouveaux indicateurs d’âge qui tiennent compte de l’allongement de l’espérance de vie que l’on peut escompter. Bien que la mesure traditionnelle de l’âge soit d’une grande importance pour les arrangements institutionnels tels que les systèmes de retraite, des changements d’indicateurs peuvent en dire davantage sur l’évolution de la condition humaine, évolution selon laquelle la plupart des gens pourront planifier une vie plus longue et en meilleure santé, ce qui aura des conséquences importantes sur leur comportement.
Les auteurs comparent l’évolution de deux indicateurs classiques, la proportion de la population âgée de plus de 60 ans et l’âge médian de cette population avec deux indicateurs nouveaux : la proportion de la population ayant une espérance de vie de 15 ans au moins (RLE 15-), et la durée moyenne des dernières années de vie des membres de cette population (moyenne des espérances de vie à tel âge pondérées par les proportions de cette population à chaque âge) (PMA).

La figure suivante montre l’évolution de ces mesures du vieillissement pour la population mondiale .

Tous indiquent que le vieillissement se poursuivra tout au long du siècle, ce qui suggère la nécessité d’ajustements institutionnels pour faire face à ces augmentations. Les deux indicateurs qui augmentent le plus rapidement, basés sur la définition traditionnelle de l’âge, sont la proportion de la population âgée de 60 ans et plus et l’âge médian de la population. La proportion de la population mondiale des personnes âgées de 60 ans et plus passe de 10,0 % en 2000 à 21,8% en 2050 puis à 32,2% en 2100.Mais les mesures ajustées sur l’allongement de la longévité montrent un ralentissement du rythme du vieillissement.

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Évolutions projetées du vieillissement de la population du monde durant le XXIe siècle selon quatre indicateurs de vieillissement
Source :  (Lutz, Sanderson, Scherbov, 2008, 1)

La figure ci-après montre la vitesse d’accélération puis de décélération du vieillissement au niveau mondial :

Pour tous les indicateurs, le vieillissement s’accélère au cours des années à venir pour atteindre son plus haut taux de croissance avant 2035. Après cela, le vieillissement décélèrera globalement mais avec des accélérations ponctuelles au cours du XXIe siècle.

Cette analyse montre clairement que, même avec des définitions très différentes du vieillissement, le monde doit s’attendre à connaître une accélération significative du vieillissement de la population au cours des années à venir.

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Évolutions de la vitesse du vieillissement selon les indicateurs retenus
Source : (Lutz, Sanderson, Scherbov, 2008, 2)

La figure ci-après montre les probabilités cumulées pour qu’un tiers des populations des différentes régions du monde atteignent 60 ans et plus au cours du siècle :
la probabilité de dépasser ce seuil au milieu du siècle est de 98 % au Japon / Océanie , 82 % en Europe occidentale et 69 % en Chine ;
l’Amérique du Nord dépassera probablement ce seuil dans les années 2060 en raison de sa structure d’âge relativement plus jeune et de l’apport des migrations.
Pour l’Afrique subsaharienne, qui a encore une population extrêmement jeune avec 44 % de la population en dessous de 15 ans, la probabilité qu’un tiers de sa population dépasse 60 ans et plus est proche de zéro, même à la fin du siècle.
Pour toutes les autres régions, les probabilités commencent à augmenter au cours des années 2060 et 2070 pour atteindre environ 50 % d’ici la fin du siècle.
Enfin, pour le monde dans son ensemble, la probabilité cumulée s’avère être exactement 50% en 2100.

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Probabilités par régions que les plus de 60 ans représentent au moins un tiers de la population
Source : (Lutz, Sanderson, Scherbov, 2008, 3)

Il est à peu près certain que la proportion des plus de 80 ans augmentera de manière importante au cours des prochaines décennies, mais cet indicateur est très sensible aux hypothèses relatives aux tendances futures de la mortalité durant la vieillesse, où les marges d’incertitude sont la marque de grands désaccords entre les scientifiques.

V 3 3 Perspectives sur le vieillissement

Si la croissance actuelle de l’espérance de vie se poursuit au cours du 21e siècle, la plupart des bébés nés depuis 2000 dans les pays à espérance de vie élevée deviendront centenaires.

L’évolution des taux de mortalité, de maladies et d’invalidité chez les personnes âgées auront donc un impact fondamental sur le développement des sociétés développées.
L’augmentation de l’espérance de vie pose trois questions : jusqu’à quand va-t-elle se poursuivre ? Est-ce qu’elle va s’accompagner d’un report simultané et proportionnel des limitations fonctionnelles et des incapacités des personnes âgées ? Quel en sera le coût ?

  • L’augmentation de l’espérance de vie va-t-elle continuer ? 
    Elle augmente de façon presque linéaire dans les pays les plus développés, sans aucun signe de ralentissement.
    La poursuite des progrès médicaux suggère que nous ne sommes pas près de quelque limite que ce soit, et la poursuite de la hausse de l’espérance de vie semble probable sans évènement extérieur majeur.
Evolution des âges les plus élevés qu’atteindront 50% d’une cohorte née telle année dans 8 pays
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007
Canada 102 102 103 103 103 104 104 104
Denmark 99 99 100 100 101 101 101 101
France 102 102 103 103 103 104 104 104
Germany 99 100 100 100 101 101 101 102
Italy 102 102 102 103 103 103 104 104
Japan 104 105 105 105 106 106 106 107
UK 100 101 101 101 102 102 103 103
USA 101 102 102 103 103 103 104 104
  • Est-ce que l’augmentation de l’espérance de vie va s’accompagner d’un décalage concomitant des limitations fonctionnelles et des incapacités ?
    Une première indication est apportée par la situation des plus de 85 ans. Ce groupe est celui qui au cours des dernières décennies a le plus augmenté dans les pays développés. On constate que dans l’ensemble, les personnes âgées de plus de 85 ans vivent plus longtemps et sont davantage en mesure de gérer leurs activités quotidiennes que les cohortes précédentes. Pour les personnes âgées de plus de 85 ans, la situation est moins claire. Les données sont rares et une idée très répandue est qu’une longévité exceptionnelle donne des résultats désastreux tant pour les individus que pour les sociétés.
    Traditionnellement, l’homme a trois grandes périodes de la vie : l’enfance, l’âge adulte et la vieillesse. La vieillesse peut-être maintenant découpée en deux segments, un troisième âge (jeunes vieux) et un quatrième âge (les plus âgés). Certains résultats montrent que dans le troisième âge les capacités et la dignité sont habituellement conservées, tandis que le quatrième est caractérisé par la vulnérabilité, la perte d’identité et d’autonomie psychologique, ainsi que de celui du contrôle personnel. Ils sont contredits par ceux d’une enquête danoise qui a suivi de manière longitudinale une cohorte née en 1905 durant les années 1998 à 2005.
    Dans l’ensemble, cette cohorte n’a connu qu’une petite réduction de la proportion de personnes indépendantes évaluée à quatre reprises entre 92 et 100 ans : 39 %, 36 %, 32% et 33% ; ainsi, une proportion à peu près constante d’individus étaient indépendants dans la cohorte au cours des 7-8 ans de suivi (Christensen et al.2009 :1204-6).Cette constatation pourrait aussi être valable au-delà 100 ans. Une étude de 32 super-centenaires américains (âgés de 110 à 119 ans), a montré qu’environ 40 % avaient besoin d’une aide minimale ou étaient dépendants, suggérant que les super-centenaires ne sont pas plus handicapés que ne le sont les personnes de plus de 90 ans. Ces études ne concordent pas avec la prévision d’un quatrième âge végétatif. Au contraire, les résultats suggèrent que les caractéristiques d’une cohorte ne changent pas beaucoup entre les âges 92 et 100 ans (et peut-être même 119 années) dans les domaines centraux que sont les fonctions physiques et cognitives.
  • Est-ce que ça coûtera cher ?
    La stabilisation du niveau d’invalidité pour une cohorte d’âges élevés laisse penser que les coûts des soins par individu n’augmentent pas dans les 10e et 11e décennie. Des résultats montrent que les dépenses de santé cumulée des personnes en bonne santé à 70 ans ne sont pas plus élevées que celles de personnes en moins bonne santé, malgré leur plus grande longévité. Ainsi, les efforts de promotion de la santé destinés aux personnes âgées de 65 ans et moins peuvent améliorer la santé et la longévité des personnes âgées sans augmenter les dépenses de santé. Ceci tient à ce que les personnes qui survivent plus longtemps ont un profil de santé qui est, à de nombreux égards, similaire à celui des individus plus jeunes d’une dizaine d’années. Ceci n’est pas sans conséquences sur les modes de vie des sociétés développées du futur, mais est une autre histoire.

V 5 DES DÉPENSES DE SANTÉ CROISSANTES

V 5 1 Des changements dans les comportements et les conditions sanitaires

La consommation de tabac : le tabac compte pour 18 % des décès totaux dans les pays à hauts revenus, 11 % dans les pays à revenu intermédiaire, 4 % dans les pays à faible revenu. La consommation de tabac s’est fortement réduite dans les pays à hauts revenus au cours des 2 récentes années, les stratégies de limitation du tabagisme commençant à produire leurs effets. En comparaison, la consommation de tabac s’accroît considérablement dans les pays à revenus intermédiaires et à faible revenu, à tel point que l’OMS prévoit que la consommation de tabac pourrait provoquer la mort prématurée d’un milliard d’individus au cours du XXIe siècle.

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Source : (Mathers, Loncar, 2006, 2025)

Les apports alimentaires : au cours des quelques dernières décennies, une considérable « transition nutritionnelle » s’est produite en matière de consommation alimentaire, quantitativement comme qualitativement, et, alors que jusqu’à récemment ceci était principalement perçu comme un phénomène de type « occidental », il ressort de plus en plus clairement que des évolutions analogues sont en cours dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Cette transition conjugue une augmentation de la consommation d’hydrates de carbone raffiné, de sucres ajoutés (notamment dans les boissons), de matières grasses et d’aliments d’origine animale, avec une diminution de la consommation de fruits et de légumes.

L’activité physique : elle est en diminution dans les pays à revenu intermédiaire et à bas revenus, de sorte que les niveaux d’inactivité physique jusqu’alors plus important dans les pays à hauts revenus que dans les pays à faible revenu pourrait conduire à une situation inversée.

Surpoids et obésité : depuis les années 70, la prévalence du surpoids et de l’obésité s’est considérablement accrue, sous les effets conjugués d’une évolution dans les apports alimentaires et d’une diminution de l’activité physique, des changements dans les tendances en matière de mortalité et d’incapacité : au début du XXe siècle, les maladies infectieuses, les déficients alimentaires et les conditions sanitaires natales et périnatales constituaient les causes prédominantes de décès d’incapacité. Au début du XXIe siècle, alors que ces mêmes facteurs restés à l’origine d’environ 50 % des décès dans les pays à faible revenu, il ne comptait que pour moins de 20 % dans les pays à revenus intermédiaires et pour moins de 10 % dans les pays à hauts revenus. Les décès attribuables à ses causes ont vu leur nombre dépassé par celui des décès liés aux maladies non transmissibles qui, en 2010, ont pesé pour 2/3 des décès à travers le monde.

Compte tenu des évolutions récentes et attendues dans les comportements et les conditions sanitaires, et notamment celles affectant les vastes marchés émergeant de la Chine et de l’Inde, des projections en tablant sur un impact encore plus important de ces évolutions sur la charge de santé globale dans les années à venir paraîtrait totalement réaliste.

V 5 2 Des changements dans l’utilisation et dans le coût des services de santé :

Résultat d’une croissance démographique combinée à un vieillissement de la population, une progression du recours aux services de santé et du coup afférent pourrait être attendu. Avec la hausse de la proportion de la population vivant avec une incapacité, la fourniture des services de santé s’est également modifiée, passant de soins majoritairement intensifs et ponctuels à une prédominance des soins chronique de longue durée. Il en est résulté des progressions considérables en termes de recours aux services de santé et de coûts associés. Dans la plupart des pays à hauts revenus, la proportion des coûts de santé rapportée au PIB a été multipliée par 2 au cours des 40 années ayant suivi 1970.

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Source : (Appleby, 2013, 12)

Pour la plupart des pays à hauts revenus, poursuivre sur une même trajectoire en matière de services de santé n’est pas viable. Dans un environnement marqué par la croissance démographique, le vieillissement de la population et le poix toujours prédominante des maladies non transmissibles, les coûts de santé ne manqueront pas de continuer à croître si aucune inflexion significative n’intervient.

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Source : (Appleby, 2013, 18)

S’agissant des pays à revenu intermédiaire et à faibles revenus, des systèmes de santé calqués sur ceux de pays tels que les États-Unis et le Royaume-Uni ne permettront pas de faire face au tsunami annoncé des maladies non transmissibles.

VI L’URBANISATION

VI 1 UNE TENDANCE LOURDE

L’URBANISATION apparaît comme un autre phénomène majeur des évolutions à venir. En 2008, selon les chiffres des Nations unies, les habitants des villes ont pour la première fois dépassé en nombre les ruraux.


Évolutions comparées des populations urbaines et rurales de 1950 à 2050

Évolutions comparées des populations urbaines et rurales de 1950 à 2050

Source : WPP2012_MIGR_F02_NET_NUMBER_OF_MIGRANTS Calculs de l’auteur

Dans les 30 dernières années, la population mondiale urbaine a plus que doublé. Dans les prochaines décennies, la quasi-totalité de la croissance de la population mondiale se fera dans les zones urbaines : soit près de 5 milliards de personnes en 2100. En fait, cette croissance se polarisera dans les zones urbaines des régions en voie de développement d’Asie et d’Afrique. La « question urbaine » devient donc centrale pour toutes les sociétés, du nord comme du sud, et la relation entre population, urbanisation et développement prend une importance grandissante.


Urbanisation de la population mondiale de 1950 à 2050

Urbanisation de la population mondiale de 1950 à 2050

Cette croissance urbaine est alimentée par une migration des zones rurales vers les zones urbaines très importante : durant la décennie 2000-2010, ce sont près de 4 % de la population mondiale qui sont devenus « urbains », soit environ 260 millions de personnes. Si tous ne peuvent pas être réellement qualifiés de migrants nets du milieu rural vers l’urbain », ce chiffre donne néanmoins une idée de l’ampleur de la redistribution démographique associée à l’urbanisation, en comparaison de la migration internationale estimée à 55 millions de personnes au cours de la même période. On peut par exemple raisonnablement avancer que le taux d’urbanisation de l’Asie, et notamment de la Chine, aura rattrapé la moyenne mondiale actuelle en 2030 avec plus de 50 % de population résidant en ville. De tels chiffres permettent ainsi d’anticiper la charge démographique urbaine exceptionnelle qui en découlera : 900 millions de Chinois devraient vivre en ville en 2030 (Guilmoto, Attané, Oliveau 2012 :38).


Croissance comparée des populations urbaines et rurales dans le monde et dans les régions développées et moins développées

Croissance comparée des populations urbaines et rurales dans le monde et dans les régions développées et moins développées


Parts relatives par grandes régions des populations urbaines et rurales en 1950, 2011 et 2050

Parts relatives par grandes régions des populations urbaines et rurales en 1950, 2011 et 2050

Comme cela va être le cas avec la population mondiale, on va donc assister à une redistribution radicale de la population urbaine entre les régions développées et celles en voie de développement

Les tendances régionales sont toutes caractérisées par une tendance haussière jusque vers 2060. On y distingue toutefois deux groupes. Le premier est constitué de l’Asie et de l’Afrique et le second du reste du monde qui est majoritairement urbain depuis les années 1950.
Dans les ensembles régionaux où l’urbanisation a été la plus rapide et a atteint plus de 70 % de la population totale, les avancées se font désormais plus lentes.
L’urbanisation asiatique compte de manière très significative dans l’urbanisation mondiale : parmi les vingt plus grandes métropoles du monde, ce sont avant tout des villes asiatiques qui ont émergé entre 1950 2010 comme Delhi (au 1er rang mondial en 2010), Shanghai (6e), Mumbai (7e), Jing (8e), Dhaka (9e), Kolkata (10e), Karachi (11e) et Manille (15e). L’urbanisation de l’Asie s’est accélérée récemment avec un taux qui a dépassé légèrement celui de l’Afrique. Mais le continent demeure à un niveau d’urbanisation modeste, de l’ordre de 40 %, signe de la capacité des campagnes à absorber la main-d’oeuvre rurale et à ralentir par conséquent l’exode rural. Mais le développement de régions d’Asie officiellement classées comme « rurales » en dépit de leur très forte densité de peuplement fournit une autre explication (Heilig 2012 :13).

VI 2 MÉGAPOLISATION ?


http://horizon2060.com/wp-content/uploads/2014/09/Évolution de la population des agglomérations de plus de 10 millions d'habitants sur la période 1970-2025

Évolution de la population des agglomérations de plus de 10 millions d’habitants sur la période 1970-2025
Source :(Nations, 2011) Graphique de l’auteur

Bien que les villes super géantes (mégapoles), c’est-à-dire les villes de plus de 10 millions d’habitants, ne représentent qu’un pourcentage relativement faible de la population urbaine (9,2 % en 2000, 9,8 % en 2015), elles constituent l’élément le plus caractéristique des tendances du monde urbain actuel. On recense 23 villes de plus de 10 millions d’habitants, dont 19 sont situées dans les pays émergents ou en voie de développement. Ces mégapoles qui aujourd’hui comptent 360 millions d’habitants devraient en absorber 100 millions supplémentaires d’ici 2025 (Nations, 2011).


Les mégalopoles du monde par pays en 2025

Les mégalopoles du monde par pays en 2025

Les facteurs de la croissance urbaine sont les taux d’accroissement naturel, particulièrement élevés dans les centres urbains et ruraux de ces pays, la taille relative des populations urbaines et rurales, mais aussi la reclassification de territoires et de résidents autrefois ruraux auxquels on confère un statut urbain.
Migrations et reclassement contribuent pour environ 40 % à la croissance urbaine. 60 % est dû à l’accroissement naturel de la population urbaine (Brennan-Galvin 2002 :586).

VI 3 ET LE RURAL ?

Contrairement à la population urbaine, la population rurale croît lentement à l’échelle mondiale et est en déclin dans toutes les régions, à l’exception de l’Afrique et de l’Océanie. L’Asie, qui compte 2,4 milliards de ruraux, représente 70,6 % de la population rurale mondiale. L’Afrique, avec ses 600 millions de ruraux, en représente 17,5 %, et toutes les autres régions en représentent globalement 12 %. En 2050, la population rurale de l’Afrique aura augmenté de 29 % pour atteindre pratiquement 800 millions d’habitants, c’est-à-dire 27 % du total, et celle de l’Asie aura sensiblement diminué pour n’être plus que 1,8 milliard, soit 64 % de la population rurale mondiale. Par conséquent, dans les prochaines décennies, seulement 1 habitant rural sur 10 vivra ailleurs qu’en Afrique ou en Asie.


Évolution de la population rurale par grandes régions du monde de 1950 à 2050

Évolution de la population rurale par grandes régions du monde de 1950 à 2050
(UN-DESA 2012) graphique de l’auteur

Plus encore que la population urbaine, la population rurale est concentrée dans quelques pays. En 2007, 75 % de la population rurale mondiale étaient concentrés dans 18 pays qui, à l’exception de trois d’entre eux (États-Unis d’Amérique, Fédération de Russie et Japon), étaient tous situés en Afrique ou en Asie. L’Inde a la plus forte population rurale (828 millions d’habitants), suivie par la Chine (767 millions). Ces deux pays représentent ensemble 47 % de la population rurale mondiale. Viennent ensuite le Bangladesh, l’Indonésie et le Pakistan, chacun comptant plus de 100 millions de ruraux. En Afrique, les plus fortes populations rurales se trouvent au Nigéria (78 millions), en Éthiopie (69 millions), en Égypte (43 millions), en République démocratique du Congo (42 millions), en République- Unie de Tanzanie (30 millions) et au Kenya (30 millions). De 2007 à 2025, la population rurale devrait augmenter de 1 % par an dans la plupart de ces pays, à l’exception du Nigéria. Parmi les pays asiatiques fortement peuplés, ce sera le Pakistan qui enregistrera le plus fort taux de croissance (0,8 % par an). Par contre, 8 des 18 pays à forte population rurale connaîtront un déclin, qui sera particulièrement rapide en Chine, en Indonésie, au Japon, en Fédération de Russie et aux États-Unis (Conseil économique et social Nations Unies, 2009, 13).

VI 4 URBANISATION : DE QUOI PARLE-T-ON ?

En effet, ce que l’on appelle « ville » ou « rural » est affaire de conventions statistiques, différentes selon les Etats. Dépendante de ces mêmes Etats, l’ONU ne peut que rassembler les chiffres qu’ils fournissent à ses services et s’employer à les faire coller tant bien que mal à un semblant de réalité. Les travaux de F. Moriconi-Ebrard sont éclairants à cet égard.

Différentes définitions légales de l’urbain sont utilisées par les services des 230 États et territoires de la Planète (Moriconi-Ebrard, Denis, Marius-Gnanou, 2010, 23) :

La ville

Historiquement, la « ville » désigne un territoire dont les limites ne sont pas nécessairement visibles à l’œil nu, car elles peuvent séparer des tissus bâtis en continu, opposant dans ce cas la ville au faubourg ou à la banlieue. Inversement, une ville peut englober, outre une agglomération principale, des bourgs, des champs, des forêts, voire plusieurs agglomérations distinctes et d’importance égale.
A l’échelle du Monde, cette approche politico administrative de la ville est à l’origine de la majorité des définitions de grands pays.

L’agglomération urbaine

Une agglomération est un ensemble de constructions denses. La densité se mesure, soit en nombre d’habitants par unité de surface, soit par une distance maximum séparant les constructions. Cette définition prévaut dans les Etats où la communalisation est achevée et où toutes les communes sont égales en statut. (France, Italie, Espagne, pays d’Amérique du Sud…).

L’aire métropolitaine

Il s’agit de faire apparaître que le bassin d’influence des grandes villes ne s’arrête pas aux limites morphologiques de l’agglomération mais englobe des villes satellites parfois éloignées du centre tout étant fortement liées à celui-ci sur le plan fonctionnel. De cette manière, même si la population d’une ville ou d’une agglomération baisse – ce qui est le cas dans le nord-est du pays-, les aires métropolitaines peuvent éventuellement continuer à s’étendre. Cette approche est fondée sur les mouvements de personnes (généralement les migrations domicile-travail), de biens matériels et immatériels, ou parfois sur la densité des réseaux.

A quoi correspondent ces objets, du point de vue de la géographie ?

Qu’est-ce que la ville de Chongqing ? Un territoire aussi vaste que l’Autriche (Fig.1) comprenant une agglomération principale d’environ 3,5 millions d’habitants, dont dépendent administrativement 82 000 km2 de rizières, de montagnes, de champs, 200 bourgs formant des agglomérations urbaines plus petites, ainsi que des milliers de villages et de hameaux isolés. L’étendue exceptionnelle de ce périmètre administratif a conduit, durant plusieurs années, les services statistiques onusiens à classer Chongqing au rang de plus grande ville du monde. Désormais, les bases onusiennes s’accordent sur les contours d’une agglomération urbaine plus réaliste et y appliquent une estimation de population. Cependant, en procédant ainsi, la nouvelle extension prise en considération est devenue différente de celles retenues pour les autres unités urbaines chinoises, notamment celle de Beijing pour laquelle est considérée uniquement l’aire métropolitaine officielle : d’une tentative d’harmonisation ad hoc est donc née une nouvelle hétérogénéité.


La « ville » de Chongqing à la même échelle que l’Europe centrale

La « ville » de Chongqing à la même échelle que l’Europe centrale

En noir : limites de provinces de Chine

L’« agglomération urbaine » de Tokyo qui ne correspond à aucune délimitation administrative ou fonctionnelle est un ensemble continu de constructions, sans aucune rupture. Elle occupe 8 853 km2 sur laquelle vivent quelque 38 millions d’habitants (Carte 1b). Elle s’étend sur plusieurs « villes », la plus importante étant celle de Tokyo qui donne par convention son nom à l’ensemble de l’agglomération.


Extension physique de l’agglomération de Tokyo (en rouge) parmi d’autres agglomérations de la région (en orange) en 2000 –

Extension physique de l’agglomération de Tokyo (en rouge) parmi d’autres agglomérations de la région (en orange) en 2000

Or il n’existe pas de consensus international sur la définition géographique d’une « aire métropolitaine ». Ses limites sont établies d’après le rayon d’influence d’un centre, lui-même défini comme un pôle d’emplois, une agglomération ou une ville administrative. Ce rayon d’influence est très généralement déterminé par la fréquence des navettes domicile-travail, mais cette fréquence est déterminée par des seuils différents et des conditions qui varient considérablement d’un pays à l’autre. Une même « aire métropolitaine » englobe plusieurs agglomérations, mais aussi des espaces inhabités (champs, prés, forêts…) et des villages enserrés par les réseaux de surface. L’US Census Bureau donne des résultats par aire métropolitaine, de même que l’INSEE en France, ou le Census of India en Inde. Selon ce dernier les agglomérations s’arrêtent aux frontières des États conduisant à des sous-estimations des plus grandes métropoles, notamment de Delhi.

On voit dès lors les problèmes pour établir, à partir de sources aussi hétérogènes, une mesure statistique correcte, et surtout homogène, car

Ce sont l’ensemble des indicateurs de l’urbanisation qui sont biaisés : nombre d’unités, densité, taux d’urbanisation, taux de croissance, densité urbaine, proximité des villes, migrations, etc. Certains pays superposent plusieurs définitions officielles de l’urbain, tandis que d’autres n’en utilisent qu’une seule, et pas nécessairement la même que celle de leur voisin.

C’est donc avec beaucoup de circonspection qu’il faut recueillir les propos enthousiastes sur le fait que l’avenir le développement sera essentiellement urbain, avec l’idée sous-jacente que les villes ayant toujours été dans le passé le foyer de la croissance économique, il en sera ainsi à l’avenir. Malheureusement, il se pourrait que, bien au contraire, la marque principale du développement futur soit celle des bidonvilles

VI 5 URBANISATION SANS DÉVELOPPEMENT ?

Les difficultés d’insertion urbaine des migrants renforcent la thèse d’une urbanisation sans développement. Ils trouvent à s’employer, au mieux, dans le secteur informel. Le chômage des jeunes est important. L’entrée en union est retardée dès lors que le migrant, ne pouvant s’offrir son propre logement, est hébergé par des membres de sa famille à un âge relativement avancé. Les conditions de vie des membres des ménages concernés sont d’autant plus dégradées que la taille des ménages est élevée. Les mécanismes d’exclusion de la ville, par l’intermédiaire des prix élevés des logements dans les centres urbains par exemple, ont aussi un effet sur la composition par âge des villes. Les jeunes adultes tendent à les quitter, lorsqu’ils atteignent l’âge auquel ils veulent constituer une famille. En conséquence, les jeunes actifs, célibataires, et les personnes âgées, retraitées, sont surreprésentés dans les villes.

Dans de nombreuses villes du sud, moins de la moitié des habitants ont accès à des installations sanitaires correctes. La forte croissance du nombre de personnes vivant dans des bidonvilles est bien un indice d’une urbanisation sans développement. Selon UN-Habitat, plus de 920 millions de personnes vivaient dans des bidonvilles en 2001, un tiers environ du nombre total de citadins dans le monde.

Il existe, entre les villes, une hétérogénéité énorme dans la disponibilité des services publics. Pourvues de capitaux nationaux, les grandes villes sont souvent beaucoup mieux servies que les villes moyennes ou plus petites. Malheureusement, ces disparités n’apparaissent pas lorsqu’on procède à une analyse démographique fondée sur une simple dichotomie urbain/rural (Brennan-Galvin, 2002, 587).

VI 6  LA QUESTION DES SLUMS (BIDONVILLES)

VI 6 1 Un phénomène en augmentation

A l’exception des données chiffrées, nous suivons (Davis, 2006).
Malgré une réduction du pourcentage de population urbaine vivant dans des taudis, le nombre absolu d’habitants des bidonvilles ne cesse de croître. Alimenté par une accélération du rythme de l’urbanisation, on estime à 860 millions le nombre de personnes vivant dans des bidonvilles, par rapport à 650 millions en 1990 et 760 millions en 2000(Moreno, Global Urban Observatory, 2003).

Répartition par grandes régions du monde des habitants des slums en 2010

Répartition par grandes régions du monde des habitants des slums en 2010
Source : (Moreno, Global Urban Observatory 2003) calculs de l’auteur

L’Afrique subsaharienne compte le plus grand nombre d’habitants de bidonvilles, avec 199,5 millions (61,7 %) de sa population urbaine vivant dans des bidonvilles. Elle est suivie par l’Asie du Sud avec 190,7 millions (35 %), l’Asie de l’Est avec 189,6 millions (28,2 %), l’Amérique latine et les Caraïbes avec 110,7 millions (23,5 %), l’Asie du Sud-Est avec 88,9 millions (31 %), l’Asie occidentale avec 35 millions (24,6 %), l’Afrique du Nord avec 11,8 millions (13,3 %) et l’Océanie avec 6 millions (24,1 %) . Faute de mesures radicales, selon ce rapport, la population mondiale vivant dans les bidonvilles s’accroîtra probablement de 6 millions chaque année (soit 61 millions de plus), atteignant près de 890 millions d’ici 2020.

C’est que la croissance urbaine rapide dans un contexte d’ajustement structurel, de retrait de l’État, etc. est une véritable machine à produire des bidonvilles.

Évolutions récentes par grandes régions du monde de la population des slums

Évolutions récentes par grandes régions du monde de la population des slums
Source : (Moreno, Global Urban Observatory 2003) calculs de l’auteur

Évolutions récentes par grandes régions du monde de la population des slums
Source : (Moreno, Global Urban Observatory, 2003) calculs de l’auteur

Depuis 1970, le nombre de bidonvilles augmente à un rythme plus que soutenu, plus soutenu que celui de l’urbanisation stricto sensu : les favellas de São Paulo s’accroissent de plus de 16,4 % par an ; en Asie, 90 % de la croissance urbaine se fait dans les bidonvilles ; les bidonvilles indiens augmentent 2,5 fois plus vite que la population globale ; en Afrique deux fois plus vite que la population urbaine.

Il y a environ 200 000 bidonvilles sur la planète, comptant de quelques centaines à 1 million d’habitants.

VI 6 2 Mécanismes

Major region or area 1990 1995 2000 2005 2007 2010
Developing Regions 656 739 718 114 766 762 795 739 806 910 827 690
North Africa 19 731 18 417 14 729 10 708 11 142 11 836
Sub-Saharan Africa 102 588 123 210 114 683 169 515 181 030 199 540
Latin America and the Caribbean 105 740 111 246 115 192 110 105 110 554 110 763
Eastern Asia 159 754 177 063 192 265 195 463 194 020 189 621
Southern Asia 180 449 190 276 194 009 192 041 191 735 190 748
South-Eastern Asia 69 029 76 079 81 942 84 013 83 726 88 912
Western Asia 19 068 21 402 23 481 33 300 34 179 35 713
Oceania 0,379 0,421 0,462 0,505 0,524 0,556

Source :  (Moreno, Global Urban Observatory, 2003)

Cette urbanisation pirate se développe surtout dans les périphéries, sous forme d’extensions incontrôlées, les logements étant construits par les habitants eux-mêmes, sans infrastructures.
Il s’agit de squats (mais ce n’est pas donné : il faut payer les hommes politiques, les gangs,…) ou de logements construits sur des terrains qui ont si peu de valeur que personne ne s’en occupe (pollution, dévers,…).
Mais l’urbanisation se fait surtout par le marché foncier invisible : les terrains périphériques plats, même désertiques, ont une valeur marchande : des subdivisions pirates sont organisées par de riches propriétaires, dotées d’un plan de rues, mais pas d’équipements. Les propriétaires peuvent même encourager des « invasions » dans l’espoir que l’État soit finalement forcé de les indemniser et de prendre en charge le développement des infrastructures nécessaires. Ainsi le bidonville se présente comme une opportunité foncière, où les relations locataires propriétaires sont conflictuelles, les locataires étant inéligibles à l’indemnisation en cas d’expulsion.

Depuis la fin des années 70, il n’y a plus indexation du prix des terrains urbains sur la croissance économique et l’investissement industriel : la crise de la dette, l’inflation, les programmes d’ajustement structurel font que l’épargne nationale ne va pas dans l’économie, mais vers la spéculation foncière. D’où des prix exagérés, l’extension urbaine incontrôlée (Le Caire par exemple regorge de logements vides). C’est que des taudis surpeuplés et mal entretenus sont plus rentables au mètre carré que les investissements normaux : au Brésil, une grande partie de la classe moyenne loue des logements aux pauvres. Idem à Lagos, Nairobi.
Ce phénomène d’appropriation tolérée fait augmenter la valeur des terrains des propriétaires, qui ne se privent pas soit faire expulser soit d’augmenter les prix des loyers.

Tous les principes d’urbanisme classiques, dont la préservation d’espaces non bâtis et la séparation des activités toxiques des zones résidentielles, sont bafoués dans les villes pauvres. Malheureusement, à quelques rares exceptions près, les villes du tiers monde polluent, urbanisent et détruisent de manière systématique leurs bassins de ressources naturelles. Presque toutes les grandes villes du tiers monde (du moins celles qui ont une certaine base industrielle) possèdent un secteur dantesque de bidonvilles baignant dans la pollution et jouxtant des pipe-lines, des usines chimiques ou des raffineries : Iztapalapa à Mexico, Cubutâo à Sâo Paulo, Belford Roxo à Rio, Cibubur à Jakarta, la banlieue sud de Tunis, la banlieue sud-ouest d’Alexandrie, etc.

Les espaces urbains non construits sont très souvent enfouis sous des décharges sauvages, véritables paradis pour les rats et les insectes vecteurs d’épidémies que sont par exemple les moustiques. L’ampleur du décalage chronique entre les chiffres de production d’ordures et les chiffres de leur ramassage ne laisse pas d’être inquiétante : à Dar-es-Salam, le taux de ramassage des ordures atteint à peine 25 %; à Karachi, 40 %; à Jakarta, 60 %.

 

Vivre dans la merde

« La crise générale des infrastructures sanitaires est d’une ampleur qui défie l’hyperbole.
La solution à cette crise des sanitaires — tout au moins celle imaginée par certains professeurs confortablement assis dans leurs fauteuils à Chicago ou Boston — a été de faire de la défécation urbaine un marché planétaire. Ainsi, l’un des grands succès du néolibéralisme parrainé par Washington a été de transformer les toilettes publiques en collecteurs de monnaie pour le remboursement de la dette extérieure : dans tous les bidonvilles du tiers monde, les toilettes payantes constituent un secteur industriel en pleine croissance. Au Ghana, le gouvernement militaire a introduit le principe de l’accès payant aux toilettes publiques en 1981 ; elles ont été privatisées à la fin des années 1990 et sont aujourd’hui décrites comme une véritable « mine d’or » de rentabilité. À Kumasi, par exemple, où ce sont des membres de l’Assemblée ghanéenne qui ont remporté les lucratifs contrats d’installation et d’exploitation des latrines payantes, le budget correspondant pour une famille à l’usage des toilettes privées une fois par jour et par personne s’élève à environ 10 % du salaire minimal. De même, dans les bidonvilles du Kénya comme Mathare, l’usage des sanitaires privatisés coûte six cents (US) : c’est trop cher pour la plupart des résidents, qui préfèrent aller déféquer ailleurs et dépenser cet argent pour de l’eau ou de la nourriture. « La situation est identique dans les bidonvilles de Kampala comme Soweto et Kamwokya, où l’accès aux toilettes publiques coûte la somme faramineuse de 100 shillings par visite. »(Davis, 2006, 147)
.

 

CONCLUSION

 

On résume ci-après les principales conclusions auxquelles conduit l’examen des dynamiques démographiques du monde :

Stabilisation

La population mondiale augmente et continuera d’augmenter, mais à un rythme de plus en plus faible. Le taux de croissance démographique a atteint un maximum de plus de 2% par an il y a cinquante ans, il a diminué de moitié depuis (1,1% en 2012) et devrait continuer de baisser jusqu’à la quasi-stabilisation de la population mondiale dans un siècle environ.
L’accélération de la croissance démographique depuis deux siècles tient à l’entrée successive des différentes régions du monde dans la transition démographique. Le maximum d’il y a cinquante ans correspond à une période où la fécondité était encore élevée dans tous les pays du Sud, les femmes y mettant au monde entre 5 et 7 enfants en moyenne chacune. Ces pays avaient vu leur mortalité baisser depuis quelques années ou décennies en raison des avancées de l’hygiène et de la médecine et des progrès socioéconomiques, même si elle restait beaucoup plus élevée que dans les pays du Nord. Il en résultait un excédent des naissances sur les décès qui alimentait une croissance démographique soutenue.
L’un des grands changements démographiques à venir est le formidable accroissement de la population de l’Afrique qui, Afrique du Nord comprise, pourrait plus que quadrupler en un siècle, passant de 800 millions d’habitants en 2000 à 3,6 milliards en 2100. Alors qu’un homme sur sept vit aujourd’hui en Afrique, ce sera probablement un sur quatre en 2050 et peut-être un sur trois en 2100. L’accroissement devrait être particulièrement important au sud du Sahara où la population pourrait passer d’un peu moins de 700 millions d’habitants en 2000 à près de 3,4 milliards en 2100.

Urbanisation

L’urbanisation progressive du monde devrait se poursuivre. L’essentiel de l’accroissement démographique à venir devrait être absorbé par les villes, de plus en plus nombreuses et surtout de plus en plus grandes. Ces mégapoles ne seront pas forcément des pôles de croissance mais se présenteront aussi comme de gigantesques agglomérations de population dont une part plus ou moins importante vouée au travail informel dans des bidonvilles insalubres.
Pour ce qui est de la campagne, la population humaine y vivant ne devrait plus guère augmenter, elle pourrait même diminuer.

Vieillissement

En 2050, la proportion des jeunes pourrait encore être de 24 % en Afrique, mais seulement de 16 % dans les pays industrialisés. A l’autre extrémité de la pyramide des âges, la proportion des personnes âgées pourrait n’être encore que de 8 % en Afrique, mais atteindre 25 % dans les pays industrialisés.
Cette tendance au vieillissement, inéluctable, ne doit pas être considérée comme une catastrophe. Il s’agit certes d’un bouleversement dont les conséquences ne peuvent qu’être importantes sur le plan du fonctionnement des sociétés et des équilibres inter-générationnels, mais la progressivité de la transformation devrait permettre les adaptations nécessaires. Le vieillissement risque d’être plus perturbateur pour les pays actuellement les plus jeunes qui n’y sont pas préparés.

Dividende démographique

Parce que les comportements économiques individuels varient selon l’âge, les changements dans la structure des âges peuvent influencer de façon significative les performances économiques d’un pays. Les pays dans lesquels une partie relativement importante de la population est en âge de travailler et d’épargner peuvent bénéficier d’une accélération de la croissance des revenus découlant d’une population plus importante, de l’accumulation accélérée du capital et de dépenses réduites pour la population dépendante. L’effet combiné de ce « dividende » et de politiques efficaces dans d’autres secteurs peut stimuler la croissance économique. La relation entre les changements démographiques et la croissance économique est le fait marquant des récentes décennies du fait des évolutions démographiques dans les pays en développement.

L’effet combiné de tous ces bouleversements sera un déplacement du centre de gravité économique du monde et par là un basculement géopolitique. Les perspectives de croissance économique future qui paraissent anémiques pour le Nord, « lesté par une dépression démographique, des hauts niveaux d’endettement, les déficits structurels des comptes courants et de faibles gains de productivité », semblent plus riantes pour les Sud. Mais ceux-ci sont au début de la phase de rattrapage, la plus rapide, et beaucoup de problèmes les attendent aussi.

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